27 novembre 2007
Une version manquée du livre que vous auriez voulu écrire
Benjamin, le personnage central de vos deux romans, donne l'impression d'être l'écrivain universel. Est-il votre alter ego?
Benjamin est l'archétype de l'écrivain. Idéaliste, perfectionniste. Il ne finira jamais son livre car il n'arrive pas à faire coïncider la vision idéale qu'il a en tête et le résultat dans la réalité. Je partage les mêmes idéaux artistiques que Benjamin, mais je fais des compromis, parce que je veux finir mon travail, qu'il soit publié et lu. Ce que vous offrez à vos lecteurs n'est jamais un roman "parfait", mais toujours une version manquée du livre que vous auriez voulu écrire. Quand ceci se produit, je hausse les épaules et me dis, "Ah, c'est toujours mieux que rien." Benjamin, étant un idéaliste, pense qu'il vaut mieux ne rien écrire qu'écrire quelque chose d'imparfait. C'est un bon point de vue, mais par la suite cela le rend fou.
Jonathan Coe
http://www.fluctuat.net/2833-Jonathan-Coe
23 novembre 2007
Le chat s’est faufilé

"C’est Lucette qui a trouvé la maison dans ce coin, envahie par les ronces, les orties, écrira Dominique de Roux dans La Mort de L.-F. Céline. Des arbustes au flanc de la colline. Il n’y a pas de chauffage. La cuisine est inexistante. Il faut remuer les pierres. Ils sont arrivés en taxi, et voilà ce lieu inhabitable qui donne sur les usines Renault, sur Paris, sur la tour Eiffel inévitablement. Ils sont descendus. Le chat s’est faufilé."
Le Figaro, 22 novembre 2007.
12 novembre 2007
De l'utilité du téléphone portable
Gilles Leroy l’a emporté par 4 voix contre 2 à Olivier Adam pour À l’abri de rien, présenté en août comme l’un des favoris pour les prix de l’automne. Au quatorzième et dernier tour, une voix est encore allée à Amélie Nothomb (Ni d’Ève ni d’Adam), alors qu’elle ne figurait plus sur la liste. Clara Dupont-Monod (La Passion selon Juette) a, elle aussi, obtenu une voix. Alabama Song (Mercure de France), dixième roman de Gilles Leroy, 48 ans, donne une version très personnelle du destin tragique de Zelda Sayre, l’épouse de l’écrivain Francis Scott Fitzgerald. La critique a accueilli le roman de manière contrastée, certains spécialistes de la littérature américaine lui reprochant son parti pris en faveur de Zelda.
François Nourissier, pour sa part, avait défendu dans nos colonnes le roman : « On découvre que, à défaut de géniale illumination, style Joyce ou Céline, c’est un inlassable et ardent travail sur le style qui place un texte à son juste niveau. »
Gilles Leroy ne cachait pas son émotion. Les larmes aux yeux, il nous confiait : «On pensait que c’était fichu, puisque le téléphone ne sonnait pas. Mais c’était parce que le standard de ma maison d’édition ne marchait pas. Clara Dupont-Monod, qui était elle aussi sur la liste des Goncourt, m’a annoncé la bonne nouvelle sur mon portable.»
Le Figaro, 6 novembre 2007.
11 novembre 2007
de Funès au secours de la cohérence.
Commentaires trouvés sur un blog. Le nouvel ami est votre serviteur.
Dites (je viens d'aller faire un tour sur son blog), il est terrifiant, votre nouvel ami ! Sa liste d'écrivains en particulier. Je ne veux pas dire qu'il ait des goûts de chiottes, non. Ça, ce serait plutôt monnaie courante, sur les blogs auxquels il m'arrive d'aborder. C'est presque pire : il semble n'avoir AUCUN goût, être frappé d'une sorte d'agueusie littéraire.
Comment peut-on mettre sur un même plan Renaud Camus et Didier van Cauwelaert ? Alexandre Jardin et André Gide ? Bernard Werber et Henri de Montherlant ? Etc., etc.
Et ne venez surtout pas me répondre qu'il s'agit d'éclectisme, SINON JE TE TAPE (avec la voix de de Funès) !
Ecrit par : Didier Goux | lundi, 15 octobre 2007
Le personnage m'intrigue depuis un p'tit bout de temps aussi (nous nous côtoyons via un blog tiers). Comment peut-on être aussi incohérent ?
Ecrit par : Guillaume Cingal | lundi, 15 octobre 2007
Vous voyez : même l'Université est d'accord...
Ecrit par : Didier Goux | lundi, 15 octobre 2007
09 novembre 2007
Ce sont mes copains, alors j'ai voté comme eux
J'ai été stupéfait d'apprendre les conditions dans lequelles M. Giesbert a manipulé cette année les délibérations du prix Renaudot.
Christophe Donner, communiqué.
Christophe Donner s'aveugle quand il croit qu'une personne peut manipuler des jurés comme ceux du prix Renaudot, des écrivains de caractère qui réagissent souvent avec virulence aux pressions des éditeurs alors contre-productives. Je peux comprendre sa colère. Il a écrit un des meilleurs livres de la rentrée. Il n'a pas eu le prix Renaudot et il cherche un bouc émissaire.
Franz-Olivier Giesbert, AFP.
Pennac, c'était une idée de Le Clézio, reprise par Giesbert. Ce sont mes copains, alors j'ai voté comme eux.
Patrick Besson, le Figaro, 6 novembre 2007.
08 novembre 2007
Une vie passée à lutter pour exister
Alabama Song n'est pas une biographie, un peu plus qu'une fiction. Une reconstitution romancée, un hymne à l'amour et à la littérature. Gilles Leroy prête sa plume puis s'efface derrière Zelda, moitié sacrifiée d'un couple légendaire. De lettres en confessions, le romancier réajuste les fragments, imagine, pour combler les vides, ce qui aurait pu advenir et dit, avec une sensibilité rare, les tourments d'une vie passée à lutter pour exister.
La Croix, 5 novembre 2007.
02 novembre 2007
Une expression indélébile de fascination énamourée
De fait, Philip avait un comportement quelque peu étrange. Il faut dire que depuis plusieurs semaines il avait le béguin pour Lois, dont la précense ce soir-là, en robe orange sans manches et incontestablement échancrée, le mettait dans tous ses états. Il était placé en face d'elle, et son champ de vision était envahi par des seins blancs et frissonnant. Il était incapable d'en détacher les yeux : bouche bée, lèvres humides, il arborait une expression indélébile de fascination énamourée.
Bienvenue au club, Jonathan Coe.