Propos insignifiants

Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains

25 mars 2008

Mes romans fondent mes opinions politiques

Comment vos opinions politiques, votre vision de la société américaine et de l’histoire de votre pays s’articulent-elles avec votre travail de romancier ?
Mes idées politiques, le fait que je sois un homme de gauche, la façon dont je vois le monde, tout cela influe, bien entendu, sur ma façon de décrire le monde, de dire la vie des gens ordinaires qui est la matière de mes romans. Mais mes livres m’éduquent aussi politiquement. Car ce sont eux, profondément, qui m’informent sur ce qu’est l’expérience humaine, la vie de tous les jours, sur les conséquences tragiques que la politique peut avoir sur l’existence quotidienne des gens ordinaires. En ce sens, je peux affirmer que mes écrits influencent mes engagements politiques, et que, d’une certaine façon, mes romans fondent mes opinions politiques plus que mes opinions politiques ne fondent mes romans.

Vous apprenez de ce que vous écrivez.
Oui. Par exemple, si je n’avais pas écrit American Darling, je n’aurais probablement pas saisi de façon aussi précise et juste les conséquences inattendues, et parfois tragiques, des bonnes intentions – c’est cela, le thème majeur de ce livre. Sans l’écriture de ce roman, ce serait demeuré une idée abstraite, générale, désincarnée. Et si je n’avais pas écrit Pourfendeur de nuages – un roman bâti autour de la vie et de la personnalité de l’abolitionniste John Brown –, je n’aurais saisi le rôle essentiel que la question raciale a joué dans l’imaginaire collectif américain, ainsi que le lien profond qui existe, dans l’histoire de ce pays, entre la religion et la violence.

Vous définissez-vous comme un écrivain américain ?

Cela a de moins en moins de sens pour moi. Ça signifiait quelque chose lorsque j’étais plus jeune, lorsque j’ai commencé à écrire, parce que mes modèles étaient des écrivains américains humanistes : Mark Twain, Walt Whitman, Melville, Faulkner, Dos Passos, Nelson Algren... Ils incarnent la tradition littéraire dans laquelle je m’inscris – disons, ma « famille » littéraire. Mais, en vieillissant, j’ai réalisé que la communauté des écrivains à laquelle je me sens appartenir est bien plus large que cela, qu’elle n’a que faire des identités nationales, ethniques, ou même linguistiques. De façon de plus en plus prégnante, en voyageant, en lisant, je me suis rendu compte que j’appartenais à une communauté transnationale.

http://www.telerama.fr/livre/26829-entretien_avec_russell_banks_mes_romans_fondent_mes_opinions_politiques.php

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