Propos insignifiants

Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains

04 avril 2008

Prenez garde à ces images coupantes qui ressortiront un jour

Vous qui ouvrez L'Homme qui tombe, prenez garde à cela. A ces images coupantes qui ressortiront un jour. Car DeLillo a l'art de la prémonition. Depuis son premier roman, Americana, publié aux Etats-Unis en 1971 (Actes Sud, 1992), il n'a cessé d'ausculter la société américaine, ses maux, ses folies. Ses matériaux de prédilection sont les nuages chimiques, les bombes atomiques, les voitures piégées, les prises d'otages...

Or on s'aperçoit aujourd'hui qu'aucune oeuvre n'a préfiguré comme la sienne l'importance du terrorisme dans la société moderne. Dans Joueurs (qui fit sensation à sa sortie aux Etats-Unis en 1977), DeLillo avait même identifié la cible des attentats, le World Trade Center. Et dans Cosmopolis - l'histoire d'un golden boy bloqué dans un gigantesque embouteillage sur la 47e Rue -, il achevait son récit sur l'image d'un avion "mué en boule de feu". L'Homme qui tombe explore la suite en quelque sorte : comment, après le trauma, chacun bricole les ressorts de sa propre survie. Et comment l'écrivain, lui, arrive à donner une forme à ce qu'il appelle "la liquéfaction du sens".

Le Monde, 4 avril 2008.

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