Propos insignifiants

Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains

28 février 2009

Philippe Djian vu par Yann Moix

Le problème avec Philippe Djian, c'est que son dernier roman en date est toujours le pire. A côté du dernier, le précédent serait presque passable, et celui d'avant encore, seulement médiocre. Philippe ne régresse pas dans le moyen : il progresse dans le nul. Comme si la nullité possédait ses vertus propres, qu'elle avait ses guerriers, ses habitants, qu'elle était une sorte de monde à part, une galaxie parallèle dans laquelle tout marcherait à l'envers : le plus cradingue serait très bien vu, le plus bête serait major partout, le plus flemmard recouvert de médailles, et le moins inspiré considéré comme le nouvel Hemingway.

Yann Moix, Le figaro littéraire, 22 janvier 2009.

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23 février 2009

La Baule

Du bar, je vois une quarantaine de tables dressées sous un dais rayé bleu et blanc, une terrasse avec transats et palmiers, du sable, la mer. C'est La Baule : une plage qui n'en finit pas, sans un rocher, avec plein de gens chics et bien coiffés. Il y a tellement de gens chics et bien coiffés ici qu'on en vient à se demander ce qu'ils ont d'exceptionnel et pourquoi on ne pourrait pas en faire partie, déjà que je suis allé chez le coiffeur. Ils sont curieux, d'ailleurs, ici, les coiffeurs : ils te lavent les cheveux avant de te les couper. Ça m'a fait bizarre. Comme si un dentiste m'avait brossé les dents avant de me les soigner. Comme si un médecin m'avait savonné sous la douche avant de m'ausculter.

Stéphane Hoffman, Des filles qui dansent.

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12 février 2009

Comédie sociale aigre-douce

Décidément, les Britanniques excellent dans la comédie sociale aigre-douce. Il y avait Nick ­Hornby et Zadie Smith, il faudra compter avec Nikita Lalwani, romancière anglo-indienne de 35 ans dont le premier roman, Surdouée, se lit d'une traite.

C'est l'histoire de Rumi, fillette d'origine indienne, surdouée en mathématiques, qui vit à Cardiff. Son père, Mahesh, n'a qu'une ambition : qu'elle entre à Oxford le plus tôt possible. Grâce à un entraînement de maratho­nienne, la jeune fille engrange les connaissances, jusqu'à être acceptée, à quinze ans, dans la prestigieuse université. Hélas, la soumission de Rumi au diktat paternel se heurte bientôt à ses désirs d'adolescente (on peut exceller au Rubik's Cube et être d'une remarquable gaucherie avec les garçons). Sujet banal si l'on veut, mais le roman est passionnant.

Et que de justesse dans la composition du personnage de Rumi, tiraillée entre des cultures que tout oppose ! Nikita Lalwani décrit avec un art maîtrisé du dialogue et du suspense un poignant conflit de générations. On notera enfin que le roman est bien plus optimiste et tendre que le fait divers qui l'a inspiré, l'histoire tragique de Sufiah Yusof. Ce prodige des mathématiques entra à Oxford à treize ans, et s'en échappa en 2000 dans une fugue surmédiatisée, accusant ses parents de « pressions physiques et émotionnelles ». En mars 2008, une journaliste de la presse à scandales retrouva enfin sa ­trace à Manchester : l'ex-petit génie des chiffres s'y prostituait sous le nom de Shilpa Lee.

Surdouée de Nikita Lalwani, traduit de l'anglais par Alexandre Boldrini Flammarion, 260 p., 19 €.

Le Figaro, 5 février 2009

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