26 avril 2009
On croit toujours que les tyrans ne lisent rien
On croit toujours que les tyrans ne lisent rien, qu'ils sont des brutes aussi épaisses que les horreurs dont ils se rendent coupables. C'est oublier que Néron se prenait pour un poète et qu'en mourant, il s'écria : «Quel artiste le monde perd avec moi!» Un journaliste du New York Times, Timothy W. Ryback, a épluché ce qui reste de la biblio thèque d'Hitler. Le Führer connaissait ses classiques ; il mettait Don Quichotte au-dessus de tout et préférait Shakespeare à Goethe, ce qui est une curieuse comparaison. Mais l'obsession britannique d'Hitler est une des clés de son comportement et personne ne devrait oublier que le rêve de sa vie était de s'entendre avec les Anglais. Peu de Français d'ailleurs dans les rayons auscultés par M. Ryback, et même moins que rien si l'on en juge par la présence écrasante de Fichte, créateur du renouveau du nationalisme alle mand et inspirateur du Kulturkampf qui se rebella contre la domination de la culture française sur le reste du monde. Leni Riefenstahl voisine avec des philosophes comme Schopenhauer dont le buste ornait le bureau d'Hitler à la Chancellerie, avant qu'un portrait de Frédéric le Grand ne l'accompagnât dans son bunker ; suivent des brochures antisémites comme celles d'Henry Ford ou de Paul Lagarde, un Français malheureusement.
Stéphane Denis, Le Figaro Magazine, 25 avril 2009.
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