17 juin 2009
Verve
Si Bloy est le contempteur quasi officiel du bourgeois, c'est Flaubert qui le qualifie. "J'appelle bourgeois quiconque pense bassement."
La verve n'implique pas la justesse du jugement, elle peut aussi être au service de la mauvaise foi, de la rancoeur, elle peut glisser au "bon mot" douteux - "Je ris tout seul comme une compagnie de vagins altérés devant un régiment de phallus." (Flaubert) -, à l'excès délirant quand Bloy se fait apôtre du crime en recommandant d'arrêter "le riche (...) avec une faux ou un paquet de mitraille dans le ventre". C'est quand il s'en prend à ses semblables que la verve de l'écrivain se déchaîne. Bourget, Zola, Hugo, Drumont, Maupassant ou Sand déclenchent chez Bloy une espèce d'allégresse dans l'éreintement, cependant que Flaubert, sans toujours les nommer, attaque les prosateurs qui ne savent dire simplement les sentiments et les sensations, qui font de la "Pohésie", qui pensent plus à vendre qu'à créer de belles oeuvres, ceux qu'il appelle "les gens de lettres (...) des putains qui finissent par ne plus jouir".
Pour nous ravir ou nous heurter, ces perles sont éparses dans l'oeuvre et, surtout pour Flaubert, dans la correspondance, où l'on peut plus facilement user d'un vocabulaire dont certains termes peuvent être réduits à une première lettre suivie de points de suspension. Aller de l'un à l'autre de ces textes choisis par François Caradec pour Flaubert et Hubert Juin pour Bloy, c'est retrouver leur esprit, leur talent, parfois, apercevoir d'eux un aspect que l'on n'attendait pas, toujours s'offrir un moment de lecture dans la jubilation.
Le monde, 13 juin 2009.
Gustave Flaubert en verve
Textes choisis par François Caradec
Horay,
Léon Bloy en verve
Textes choisis par Hubert Juin
Horay,
Commentaires
Qui édite ?
Bonjour Thierry, c'est Horay qui édite.
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