Propos insignifiants

Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains

31 août 2009

Deux activités indissociables

Vous citiez Proust et James, lectures de jeunesse. Aujourd'hui vous dites volontiers votre admiration notamment pour l'Américaine Joyce Carol Oates. Etes-vous devenue écrivain parce que vous étiez une grande lectrice ?

Les deux activités, lire et écrire, sont pour moi indissociables. J'imagine mal un écrivain qui n'aurait pas lu. Certes, Faulkner aimait beaucoup faire croire qu'il ne lisait pas, qu'il n'était qu'une brute ignare, mais c'est une légende, il avait beaucoup lu, et ses premiers écrits en témoignent. Je sais qu'il y a des exceptions en art, que l'art brut est l'expression d'individus qui n'ont pas, ou ont peu vu d'oeuvres, mais je ne crois pas à l'écriture brute. Il me paraît impossible de se mettre à faire des phrases belles et profondes sans avoir l'exemple des milliers de phrases écrites avant soi. Mais, s'il existe vraiment des « romans bruts », je serais curieuse de les lire, je ne vois pas à quoi ça peut ressembler.

Les auteurs que vous aimez sont-ils présents à vos côtés quand vous écrivez ?

Oui, tout le temps. Morts ou vivants, ils sont comme une présence encourageante, amicale, bienveillante. Ils sont présents aussi sous la forme de leurs livres, qui ne quittent pas ma table de travail. Je lis une demi-page, une page, parfois davantage, avant de me mettre à écrire ; c'est pour moi une sorte d'échauffement, de mise en condition, d'évacuation du quotidien, d'entrée dans le monde de l'écriture.

Télérama, 23 août 2009

Pour lire tout l'interview.

Posté par desavy à 11:50 - Marie NDiaye - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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30 août 2009

Magie et exigence littéraire

Marie_NDiaye

Pourquoi avez-vous décidé de tempérer aujourd'hui ce recours à la magie ?

J'ai toujours voulu écrire une littérature qui se situe à la fois dans la trivialité de la vie et dans un au-delà, une dimension qui transcende cette trivialité de chaque jour. Et cette manière de surpasser la trivialité, je la trouve dans le merveilleux. Mais à présent, je me sens davantage capable de mêler une moindre dimension de merveilleux à la réalité très concrète, sans que cela m'apparaisse trop banal. Quand j'étais plus jeune, je craignais beaucoup la banalité. Aujourd'hui, je me sens capable d'écrire de manière plus simple. J'aime bien l'idée qu'un livre soit lisible à plusieurs niveaux, par toutes sortes de gens très différents. Lisible même au niveau le plus linéaire qui soit. Ce qui suppose qu'il y ait sur la langue un travail certes exigeant, mais pas rebutant. Auparavant, il était absolument inconcevable pour moi d'être simple, limpide, compréhensible. J'avais du mal à imaginer que je puisse être accessible sans y perdre énormément d'exigence littéraire. Avec la maturité, je vois les choses autrement.

Cette complexité à laquelle vous vous sentiez obligée, pour « faire littéraire », est-elle liée au fait que vous avez commencé à écrire très jeune ?

Sans doute. De toute façon, quand j'étais très jeune, j'aurais été incapable d'écrire de manière simple, parce que mes références, mes modèles étaient Proust et Henry James, et j'étais trop immature encore pour m'en dégager et trouver ma voix propre. De plus, j'avais vraiment peur de la simplicité. Alors qu'avec l'expérience cela me semble non seulement possible, mais même souhaitable. Et puis, je n'éprouve plus le besoin de montrer que je maîtrise la langue au point que je peux jouer avec elle de mille façons. Je me rends compte également que, même si c'était très dissimulé et inconscient de ma part, le recours à un certain genre de merveilleux me permettait parfois de me dépêtrer d'une situation romanesque dans laquelle j'étais emmêlée et dont je ne parvenais pas à me sortir. L'intervention du merveilleux était alors une aide, voire, je le mesure à présent, une facilité. Maintenant, j'essaie de m'aider aussi peu que possible du recours à la magie et de ne la faire intervenir que quand je le juge vraiment nécessaire. Je ne veux plus que ce soit une ficelle.

Télérama, 23 août 2009

Posté par desavy à 18:50 - Marie NDiaye - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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24 août 2009

La fille du garde-barrière de Guéthary

De ces réminiscences en forme de divagation carcérale, l'écrivain de L'amour dure trois ans tire quelques belles pages portées par un sens de la formule néo-hussarde. Mais Roger Nimier, Antoine Blondin et Bernard Frank peuvent reposer en paix, la relève n'est pas à chercher dans cette autobiographie pâlotte du jeune homme qui draguait gauchement la fille du garde-barrière de Guéthary.

Le Journal du Dimanche, 23 août 2009, à propos d'Un roman français.

Posté par desavy à 21:16 - Frédéric Beigbeder - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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23 août 2009

Bien-pensants

Supporter le discours des bien-pensants n'est déjà pas facile, mais cela devient intolérable quand on découvre l'ampleur de la haine dissimulée derrière ce catéchisme.

A.Nothomb, Le Voyage d'hiver.

Posté par desavy à 21:06 - Amélie Nothomb - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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