20 octobre 2009
Un défi littéraire
Le rapport de la vérité à la fiction est aussi ce qui sous-tend son dernier livre, L. A. Story . Un défi littéraire : comment capturer, par les mots, l'essence d'une ville protéiforme ? «Je voulais que la structure de mon livre mime la structure fragmentaire de Los Angeles, une ville qui n'a pas de centre.» Pour cela, Frey intercale des récits historiques, des listes de statistiques et des petites biographies fictives d'autochtones.
Le Figaro, 16 octobre 2010.
03 octobre 2009
Michel Déon dans les Cahiers de l'Herne
Les vies de Michel Déon

S'il fallait une nouvelle preuve de l'importance littéraire de Michel Déon, elle nous est magistralement donnée par ce numéro des Cahiers de l'Herne consacré à l'auteur des Poneys sauvages. De l'étude savante au simple témoignage d'affection, une trentaine de textes d'écrivains ont été réunis par Laurence Tacou, maître d'œuvre de l'ouvrage. Le club des inconditionnels de Michel Déon rassemble des romanciers aussi différents que Milan Kundera, Emmanuel Carrère, Éric Neuhoff et Patrick Besson. Nous voilà en bonne compagnie. Le club compte aussi des académiciens : Félicien Marceau, Frédéric Vitoux et Jean d'Ormesson, qui note : «Il y a du Stendhal chez Déon. Il y a aussi du Bogart. Une espèce de rudesse assez tendre. Une chasse au bonheur tempérée par la fascination de la solitude.» Des critiques : Pierre Marcabru, Étienne de Montety. Quelques hommes qui ne vieillissent pas enfin, tel Olivier Frébourg, ayant sans doute retenu la leçon du maître : «Préférer l'amour et les voyages à l'ennui et au travail.» Sans oublier les chers disparus : Antoine Blondin, Paul Morand, André Fraigneau et Renaud Matignon. Toutes ces pages ont en commun d'être placées sous le signe de l'amitié. Cet ouvrage délicieux fait la part belle aux textes de Michel Déon : critiques de théâtre, études littéraires (sur Giono, Roger Nimier et Jean-Edern Hallier), chroniques sur l'Irlande et la Grèce, lieux de refuge. La dernière partie est consacrée à la correspondance de Michel Déon. On y découvre des lettres inédites de Chardonne, de Blondin, de Simon Leys et de Saul Bellow. Tout est à lire dans ce Cahier, longue promenade en Déonie.
Le Figaro, 1/10/09
02 octobre 2009
Pas facile d'être une rock star de la littérature
Pour voler la vedette aux rock stars, les écrivains montent sur scène, deviennent les porte-parole de leur livre. L'autre soir, au Réservoir, à Paris, les dîneurs ont eu droit à un spectacle littéraire qui a dû les laisser songeurs. Une sorte de «Star Ac» pour écrivains qui vit s'affronter Frédéric Beigbeder et la jeune romancière Max Monnehay ; Philippe Jaenada et Mohamed Razane, auteur d'un roman engagé sur les banlieues. Chacun devait lire un extrait de son dernier roman pendant huit minutes. S'il dépassait le temps imparti, le public lui lançait des fléchettes et des canards en plastique. Une ambiance potache orchestrée par un couple d'Américains qui a déjà monté une cinquantaine de rencontres semblables, à New York, San Francisco, Pékin, etc. Ils appellent ça des «Literary Death Match». So chic. Mohamed Razane commence. Son texte rageur n'est pas dans le ton de la soirée. Gêne dans la salle et chez les jurés censés noter les prestations et désigner un gagnant. C'est au tour de Jaenada, qui renifle parce qu'il est enrhumé. On l'écoute tant bien que mal. L'atmosphère rigolarde ne favorise pas le recueillement qu'exige, on s'en rend compte ce soir-là, l'écoute d'un texte écrit. Beigbeder s'en sort mieux. Il a oublié son livre et improvise. Pendant qu'il est sur scène, on ne s'ennuie pas. Comme dit David Foenkinos, qui se demande pourquoi il a accepté de faire partie du jury, Frédéric a « ce talent de faire quelque chose avec presque rien ». La pulpeuse Max a écrit pour la circonstance un poème érotique. Elle déclame : «Ils me font tourner en bourrique, les sales petits lombrics.» Pas facile d'être une rock star de la littérature. Surtout quand les metteurs en scène veulent en tirer un numéro de clown.
Le Figaro, 1/10/09