La_reina_en_el_palacio_Millenium

Stieg Larsson est-il l’auteur de la trilogie Millénium ? Les spéculations vont bon train en Suède, depuis la publication, mi-janvier, par l’écrivain et journaliste Kurdo Baksi, d’un ouvrage intitulé Mon ami Stieg Larsson. Il s’agit du premier livre consacré à l’auteur des trois best-sellers nordiques, vendus à plus de 120 millions d’exemplaires dans le monde.

Mais ce portrait sans concession pose plus de questions qu’il n’apporte de réponse. Dès le départ, le succès de la trilogie rassemblait tous les ingrédients d’un excellent feuilleton. Un auteur qui meurt d’une crise cardiaque à 50 ans, quelques mois seulement avant la publication de son premier roman, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes. Une compagne de trente ans, Eva Gabrielsson, déshéritée par la législation suédoise, celle-ci ne reconnaissant aucun droit au concubin. Et trois livres qui vont faire le tour du monde, rapportant autour de 150 millions de couronnes (soit 14,7 millions d’euros), au père et au frère de l’écrivain. Mais qui était l’homme ?

Kurdo Baksi a rencontré Stieg Larsson dans les années 90. Tous les deux étaient des figures de proue de la lutte contre le racisme et l’extrême droite en Suède. Ils sont devenus amis. Ce qui n’empêche pourtant pas le premier d’écrire du second, qu’il était un «journaliste médiocre», faisant souvent preuve d’«un manque d’impartialité, de pertinence et de neutralité dans ses textes». Graphiste auprès de l’agence TT, il lui serait même arrivé de signer des dépêches portant sur ses propres activités au sein du magazine antifasciste Expo.

«Des calomnies», s’emporte la compagne de l’écrivain, Eva Gabrielsson. Son frère, Joakim Larsson, dénonce une tentative de récupération. Quant à l’ancien patron de Stieg Larsson, Kenneth Ahlborn, il défend la réputation de TT, assurant qu’aucune dépêche n’a jamais été publiée sans le feu vert de la direction.

Mais Kurdo Baksi n’est pas le seul à mettre en cause les talents de l’auteur de Millénium. Journaliste au quotidien Dagens Nyheter, Anders Hellberg travaillait pour TT à la fin des années 70 et au début des années 80. Stieg Larsson était un de ses collègues. Il relisait souvent ses textes. Or, s’il était «ce qu’il y a de plus proche d’un Wikipédia humain», l’écriture n’était pas son fort : «La langue était pauvre, l’ordre des mots souvent incorrect, la construction des phrases simple et la syntaxe parfois complètement folle.» Comment alors a-t-il pu écrire trois livres, en trois ans à peine, avec un tel succès ? Anders Hellberg émet cette hypothèse : Eva Gabrielsson serait l’auteur de la trilogie.

Le journaliste en aurait d’ailleurs discuté avec Kurdo Baksi, qui aurait trouvé l’idée «intéressante», avant de se rétracter. La maison d’édition Norstedts dément. La compagne de Stieg Larsson aussi. Eva Gabrielsson a toujours affirmé qu’elle avait contribué aux recherches, discuté du contenu des livres et relu les manuscrits. Mais qu’elle n’a jamais participé à l’écriture.

Interrogée par les médias suédois, elle annonce qu’elle en dira plus dans le livre qu’elle publie au printemps…

Libération, 26 janvier 2010.