Chardonne Morand Le Monde 8 fév 2014

 

« D’une manière générale, je pense qu’il faut tout publier, en faisant des éditions critiques, en mettant en perspective, explique-t-il.
Mais je dois avouer qu’en ce début de XXIe siècle, où l’on a d’un côté des conformistes qui pensent qu’on publie pour pouvoir laisser
passer des propos antisémites, ce qui est stupide, et d’un autre, on l’a vu, des  militants violemment xénophobes et homophobes, je me suis longuement interrogé. Certains plaidaient pour la suppression de tel ou tel passage, d’autres pour une anthologie. Tout cela a
pris du temps. J’ai décidé de ne rien censurer, et, dans le premier volume, si l’on ne trouve que 800 des 1022 lettres de la période, ce n’est en rien une censure idéologique. » (Antoine Gallimard)

D’après Bertrand Lacarelle, qui assure désormais l’édition de la correspondance, « certaines lettres se répétaient, en raison de la lenteur d’acheminement du courrier. D’autres étaient vraiment techniques. Chardonne, éditeur chez Stock, donnait beaucoup de détails infimes sur des questions éditoriales». (...)

Olivier Bétourné, PDG du Seuil, apporte, lui, quelques bémols. «Oui, on peut tout publier pourvu que ce soit bien édité. On peut
publier la correspondance Morand-Chardonne, passionnant document d’histoire littéraire à en croire la critique, en prenant soin de rappeler que cet échange engage deux écrivains collaborationnistes, antisémites, etc. Mais faut-il le faire ? Moi, publier les pamphlets de Céline, MeinKampf ou Drumont, ce n’est vraiment pas mon mouvement spontané. Ce qui n’interdit pas à d’autres de le faire, dans les conditions que j’indique.»

Le Monde, 8 février 2014.