Propos insignifiants

Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains

22 mars 2008

Anna Gavalda peut aujourd'hui tout se permettre

Après les 2 millions d'exemplaires toutes éditions confondues de Ensemble, c'est tout, voici donc La Consolante, 638 pages de gavaldisme au carré. Même si la petite musique puise à la même source, on est loin du sage recueil de nouvelles qui avait révélé, en 1999, une inconnue de 28 ans (Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, Le Dilettante). Forte de sa notoriété, Anna Gavalda peut aujourd'hui tout se permettre. Dans ce cinquième livre, elle se lâche et nous en fait voir de toutes les couleurs : comme pour répondre à ceux qui ironisaient sur ses bons sentiments, elle plonge dans le gris, le noir et le rouge sang, mais grappille tout aussi allégrement dans le reste de l'arc-en-ciel. La Consolante est un livre touffu, tout fou, plein de trouvailles et de digressions, dans lequel les personnages, en attente d'un happy-end, consomment beaucoup d'alcool pour noyer leur chagrin et se font tout le mal qu'il faut pour ne pas être bien.

Le Monde, 20 mars 2008

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14 mars 2008

On fait de la bonne et de la mauvaise littérature avec tout

Elle en a plein sa musette, Anna Gavalda. De l'acuité, de l'humour, des petites remarques justissimes sur le quotidien. Elle sait qu'elle en a besoin. Elle se construit une carapace. Costaude. Parce que vous savez quoi ? Dessous, elle a l'incongruité de vouloir mettre des bons sentiments. Elle connaît le problème, y fait allusion dans son prière d'insérer, qu'elle a rédigé elle-même. Elle sait combien pèse sur le politiquement correct littéraire cette phrase débile selon laquelle on ne fait pas de bonne ­littérature avec de bons sentiments. Débile. On fait de la bonne et de la mauvaise littérature avec tout, c'est évident.

Philippe Delerm, Le Figaro, 13/03/08.

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13 mars 2008

J'ai toujours pensé que mes personnages avaient des vies plus intéressantes que la mienne

anna_gavalda

« Avant, j'étais jeune et docile, je ne savais pas dire non et voulais faire plaisir à tout le monde. J'acceptais les demandes des photographes et répondais aux interviews alors même que je détestais cela, prendre la pose. Aujourd'hui, je suis vieille et revêche et voudrais n'en faire qu'à ma petite tête (de linotte ?), c'est-à-dire continuer d'écrire, mais le plus discrètement possible. Ai-je tort, ai-je raison, je l'ignore, seulement je viens de passer deux ans (trois en comptant les rêveries préliminaires) dans la peau d'un homme qui, pour se réconcilier avec lui-même, décide de prendre le risque de (se) décevoir et me dis qu'il serait bon d'en prendre de la graine. Et puis j'ai toujours pensé que mes personnages avaient des vies plus intéressantes que la mienne... Les malveillants diront "Elle se la pète", les bienveillants penseront "Elle a de la chance"... La chance, ou la faiblesse, de croire que ses personnages justement, sauront bien se défendre tout seuls... Vieille, revêche et écervelée. Voilà pour le cru 2008. Mais attentive, cependant. Assez attentive pour répondre à toutes les interrogations que pourrait éveiller chez vous la lecture de ce nouveau roman. Sachez donc que je me tiendrai de l'autre côté de l'écran et répliquerai de mon mieux pour me faire pardonner mon "manque de visibilité"... Bien à vous. A. G.

Lettre d'Anna Gavalda aux journalistes, Le Point, 6 mars 2008.

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