02 octobre 2009
Pas facile d'être une rock star de la littérature
Pour voler la vedette aux rock stars, les écrivains montent sur scène, deviennent les porte-parole de leur livre. L'autre soir, au Réservoir, à Paris, les dîneurs ont eu droit à un spectacle littéraire qui a dû les laisser songeurs. Une sorte de «Star Ac» pour écrivains qui vit s'affronter Frédéric Beigbeder et la jeune romancière Max Monnehay ; Philippe Jaenada et Mohamed Razane, auteur d'un roman engagé sur les banlieues. Chacun devait lire un extrait de son dernier roman pendant huit minutes. S'il dépassait le temps imparti, le public lui lançait des fléchettes et des canards en plastique. Une ambiance potache orchestrée par un couple d'Américains qui a déjà monté une cinquantaine de rencontres semblables, à New York, San Francisco, Pékin, etc. Ils appellent ça des «Literary Death Match». So chic. Mohamed Razane commence. Son texte rageur n'est pas dans le ton de la soirée. Gêne dans la salle et chez les jurés censés noter les prestations et désigner un gagnant. C'est au tour de Jaenada, qui renifle parce qu'il est enrhumé. On l'écoute tant bien que mal. L'atmosphère rigolarde ne favorise pas le recueillement qu'exige, on s'en rend compte ce soir-là, l'écoute d'un texte écrit. Beigbeder s'en sort mieux. Il a oublié son livre et improvise. Pendant qu'il est sur scène, on ne s'ennuie pas. Comme dit David Foenkinos, qui se demande pourquoi il a accepté de faire partie du jury, Frédéric a « ce talent de faire quelque chose avec presque rien ». La pulpeuse Max a écrit pour la circonstance un poème érotique. Elle déclame : «Ils me font tourner en bourrique, les sales petits lombrics.» Pas facile d'être une rock star de la littérature. Surtout quand les metteurs en scène veulent en tirer un numéro de clown.
Le Figaro, 1/10/09
24 août 2009
La fille du garde-barrière de Guéthary
De ces réminiscences en forme de divagation carcérale, l'écrivain de L'amour dure trois ans tire quelques belles pages portées par un sens de la formule néo-hussarde. Mais Roger Nimier, Antoine Blondin et Bernard Frank peuvent reposer en paix, la relève n'est pas à chercher dans cette autobiographie pâlotte du jeune homme qui draguait gauchement la fille du garde-barrière de Guéthary.
Le Journal du Dimanche, 23 août 2009, à propos d'Un roman français.
07 mars 2009
Regarder vivre les écrivains
J'aurais tout connu : l'époque où écrire était ridicule, minable, prétentieux ; et aujourd'hui celle où cette manie redevient glamour, chic, "trendy". Le problème, bien entendu, est que, dans les deux cas, le contenu des livres n'intéresse absolument personne. Il ne faut pas de faire d'illusions : regarder vivre les écrivains reste un des meilleurs moyens de ne pas lire leurs livres.
Frédéric Beigbeder, Lire, mars 2009.
05 janvier 2008
Fargues nous tend le miroir de nos médiocrités
L'auteur de One Man Show et de J'étais derrière toi poursuit son oeuvre, exemplaire. Aussi cruel que Dostoïevski, donc, mais moins cynique que Beigbeder, moins sordide que Houellebecq, plus courageux que Modiano. Il peint le monde contemporain avec la distance exacte : ni trop près, ni trop loin. Sur le racisme et surtout l'antiracisme, il fait dire à ses personnages des vérités admirables. Sur notre rapport au cinéma, au sexe, à la célébrité, il a tout compris et le restitue, d'une manière faussement fictionnelle, dans sa parfaite vérité. Sur l'art contemporain de la manipulation, sur l'aptitude au malheur de chacun d'entre nous, sur l'influence de la France et du français dans le monde, tout est brillamment dit et écrit. Fargues nous tend le miroir de nos médiocrités. Cela ne se refuse pas.
Jean-Christophe Buisson, Le Figaro Magazine, 5 janvier 2008.
22 juillet 2007
Tous croient pouvoir le faire
Il y a très peu de gens capables d'écrire, mais tous croient pouvoir le faire.
Frédéric Beigbeder, Le magazine des Livres, juillet-août 2007.
25 juin 2007
Même pas

Des marches de Cannes à celles de l'église, demi-écrivain, demi-fêtard, demi-croyant, demi-romantique, Des marches de Cannes à celles de l'église, demi-écrivain, demi-fêtard, demi-croyant, demi-romantique, demi-sel, faux-drogué, faux-alcoolique, Frédéric Beigbeder est devenu un produit light. Ce Fregoli cite Dostoïevski, Tourgueniev et Pouchkine comme pour se faire «pardonner» Castel, Canal+ et le Mathis Bar. A bout de souffle, il se flagelle, se bat les flancs, se dénigre d'être une prostituée des médias et de la nuit quand il voudrait entrer dans la grâce et le silence. Aujourd'hui, il traque l'écrivain J. D. Salinger. C'est triste. Qu'il lui fiche la paix, au vieux misanthrope dont seule compte l'oeuvre. Beigbeder, à défaut d'être un grand romancier, n'est aujourd'hui qu'un mauvais paparazzi que la presse ménagera plus ou moins parce que c'est elle, parce que c'est lui. On voit d'ici l'argument de l'intéressé : «Si j'avais été un écrivain américain publié chez Christian Bourgois, on m'aurait considéré comme un génie.» Même pas.
Anthony Palou, Le Figaro Magazine, 16 juin 2007.
16 décembre 2006
Ne pas écrire devient une habitude
Si certains livres ne sont pas écrits, c'est souvent parce que leur auteur n'en a aucune envie. A un moment, quand on parle trop de son prochain roman, on néglige de le rédiger, et après, comme m'avait dit le regretté Bernard Frank au Tiburce, rue du Dragon : "Ne pas écrire devient une habitude".
Frédéric Beigbeder, Madame Figaro, 16 décembre 2006.
07 décembre 2006
Pulsion de vertu
Bernard Pivot a proposé qu'on n'accepte plus d'éditeurs dans les jurys. Il a raison : quand j'étais éditeur, je votais pour les livres que je publiais (c'était dégoûtant mais je trouvais sincèrement que les romans que j'éditais étaient les meilleurs de la rentrée, et d'ailleurs c'était la raison pour laquelle je les avais édités). Auparavant, Claude Durand avait suggéré qu'on remette les prix avant l'été : une autre excellente idée que personne n'a suivie. Moi-même, j'ai tenté de faire tourner le jury du prix de Flore (que j'ai fondé en 1994) mais j'ai vite compris que j'allais perdre dix copains et me retrouver avec de sinistres inconnus quatre fois par an autour d'une table : heureusement que ma mollesse m'a permis de renoncer à cette pulsion de vertu.
Frédéric Beigbeder, Lire, décembre 2006.
17 novembre 2006
Moins arrivistes qu'on pouvait le penser
Finalement, nous étions moins arrivistes qu’on pouvait le penser. Je m’en suis aperçu au moment de la succession de Raphaël Sorin chez Flammarion. On m’a demandé qui je voyais pour le remplacer. J’aurais pu dire “moi”, mais je suis trop paresseux pour être éditeur. J’ai alors suggéré Frédéric Beigbeder, pensant que ça l’amuserait. Il a démissionné au bout de deux ans. Cela démontre un manque navrant d’acharnement à saisir les positions de pouvoir. De tous les gens apparus au milieu des années 90, aucun n’a suffisamment voulu le pouvoir. En leur temps, Gide, Nimier, Sollers avaient su occuper des places fortes. Au fond, nous sommes restés des punks, et nous connaîtrons le même destin.
Michel Houellebecq, Paris-Match, 16 novembre 2006.
08 mars 2006
Roman : la vérité ?
François Busnel :
Avec ce roman d'époque -la nôtre-, Pascal Quignard donne sa portée maximale au roman : révéler la vérité de nos existences.
Frédéric Beigbeder :
Mais pourquoi lisons-nous des romans, si ce n'est pour qu'on nous raconte des bobards ?
Lire, mars 2006