Propos insignifiants

Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains

28 février 2009

Philippe Djian vu par Yann Moix

Le problème avec Philippe Djian, c'est que son dernier roman en date est toujours le pire. A côté du dernier, le précédent serait presque passable, et celui d'avant encore, seulement médiocre. Philippe ne régresse pas dans le moyen : il progresse dans le nul. Comme si la nullité possédait ses vertus propres, qu'elle avait ses guerriers, ses habitants, qu'elle était une sorte de monde à part, une galaxie parallèle dans laquelle tout marcherait à l'envers : le plus cradingue serait très bien vu, le plus bête serait major partout, le plus flemmard recouvert de médailles, et le moins inspiré considéré comme le nouvel Hemingway.

Yann Moix, Le figaro littéraire, 22 janvier 2009.

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31 janvier 2009

Ne pas raconter les livres de Philippe Djian

Aussi retrouve-t-on vite le réflexe de ne pas raconter les livres de Philippe Djian, c'est lui qui s'en charge, nous, on peut juste vous répéter que ce gars-là, lorsqu'il se collette avec un paragraphe, on n'en donne pas cher du paragraphe, et vous, vous n'êtes pas couchés.

Le Magazine Littéraire, février 2009, à propos d'Impardonnables, de Philippe Djian.

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06 décembre 2006

Suicide

A propos du suicide, vous en avez d'ailleurs récemment parlé dans un article.

C'est un sujet qui m'intéresse énormément et c'est la huitième fois que j'écris du bien du suicide dans mes livres. J'ai bu le suicide sinon avec le lait, du moins très jeune, puisque les deux seuls personnages intelligents et sympathiques de Quo Vadis, Néron et Pétrone, se suicident tous les deux.

Mais est-ce que le suicide a été pour vous une tentation ?

Non. Mais j'imagine très bien qu'on se suicide à condition qu'on ne se rate pas.

Henry de Montherlant, propos recueillis par Philippe Djian, Le Magazine littéraire, avril-mai 1969, repris par le numéro de décembre 2006.

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26 novembre 2006

Ils se bagarrent avec la langue

Les histoires n'ont aucun intérêt. Il y en a plein les journaux. Seule compte la langue. On doit s'interroger sur notre monde. Il faut sans cesse aiguiser son outil pour le comprendre. Donner sa vision par la phrase. Je ne vois pas l'intérêt de continuer à écrire des romans sur la Première ou la Seconde guerre mondiale. J'aime des écrivains comme Houellebecq et Despentes. Ils se bagarrent avec la langue au lieu d'être en prosternation devant elle. Ils mettent les pieds dans le plat.

Philippe Djian, Le Journal du Dimanche, 26 novembre 2006.

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30 avril 2006

Raymond Carver par Philippe Djian

Comment appeler ça ? Comment appeler cette réticence ?

Quand on ne veut pas partager avec n'importe qui. Comment appeler ça ? En tous cas, je n'y peux rien. Je ne vais pas me mettre à hurler, à crier dans tous les coins Raymond Carver ! Raymond Carver ! Comme un malade mental. Ne comptez pas là-dessus, désolé.

L'intimité, qu'en faîtes-vous ? Je ne blague pas, l'intimité avec un écrivain, qu'en faîtes-vous ? Je n'ai pas envie de voir les bouquins de Raymond Carver fleurir dans toutes les mains, désolé. Par exemple, si ma femme avait un amant, je n'aimerais pas qu'il les lise. Non, je me sentirais blessé.

J'entends déjà des protestations. Qu'importe. Elles sont déjà loin.

Philippe Djian, Les Inrockuptibles, 25 avril 2006.

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24 octobre 2005

L'ardoise de Philippe Djian

Il y a cette idée de devoir quelque chose. D'être redevable. D'avoir une ardoise quelque part. Et un jour, il faut régler ses comptes.

Ma dette, envers certains écrivains, ne sera jamais réglée. Je ne m'en acquitte que d'une faible part, aujourd'hui. D'un coeur joyeux.

Philippe Djian, Ardoise.

J'ai commencé cette note par la quatrième de couverture. Ouvrons le livre :

Je sais de quoi un livre est capable. Je pense à une blessure. Je pense à une blessure qui aurait quelque chose d'amical, d'où le sang continuerait de couler avec douceur pour vous rappeler que vous êtes en vie et même bien en vie et capable d'éprouver une émotion qui vous honore et vous grandit.

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