17 octobre 2008
Benoît Duteurtre défend Milan Kundera
Mais au fait, quel est l'intérêt de ternir la réputation d'un écrivain comme Milan Kundera, gloire de la culture tchèque, devenu pour l'Occident un symbole de la dissidence ? Là encore, les choses ne sont pas si simples : car Kundera, jeune poète communiste des années cinquante, fut aussi, en 1968, l'un des acteurs de ce « printemps de Prague » qui - faut-il le rappeler ? - prétendait se débarrasser du totalitarisme soviétique… sans abandonner pour autant l'idéal d'un socialisme moderne. Voilà le péché intolérable aux yeux d'une partie de ses compatriotes, passés sans états d'âme dans le camp du capitalisme triomphant (aujourd'hui en débandade) et celui des États-Unis (dont Tchèques et Polonais sont les plus fidèles alliés dans l'ancien bloc soviétique).
Depuis trente ans, ce malentendu perturbe les relations de l'écrivain avec son pays natal, où l'on se plaît à le représenter comme ombrageux et dissimulé. Ses détracteurs jaloux détestent qu'un esprit libre soit devenu le plus célèbre représentant de la littérature centre-européenne sans partager l'enthousiasme de la « nouvelle Europe » néolibérale, ni faire son mea-culpa d'ex-communiste.
Veut-on aujourd'hui le faire à sa place en transformant - par le biais d'un improbable document - le dissident en dénonciateur de dissidents ? L'écrivain discret en salaud dissimulé ? L'hypothèse éclaire d'une lumière différente l'exécution à laquelle semblent vouloir se livrer ses accusateurs.
Benoît Duteurtre, le Figaro 16 octobre 2008.
04 septembre 2008
C'est toujours ainsi que finissent les grandes familles

Le tableau que nous dresse Benoît Duteurtre de cette époque révolue, dont il ne cache pas la nostalgie, jette en effet sur la nôtre un éclairage qui en souligne la dérision et l'aléatoire. Les souvenirs les plus beaux finissent par la trahison de ceux qui les détiennent : la cousine Laurence, après avoir affublé La Ramée, magnifique villa héritée du président Coty, de fenêtres en PVC, décide de la vendre à la mort de son mari. Nul de la famille ne fait un geste pour la conserver. C'est toujours ainsi que finissent les grandes familles.
Philippe de Saint Robert, le Figaro, 28 août 2008.
Les Pieds dans l'eau, Gallimard.
10 mai 2007
La situation n'était pas joyeuse joyeuse
On aurait pu craindre le pire, comme chaque fois qu'un écrivain annonce un texte sur sa maladie, son cancer, son infarctus et, plus généralement, sa découverte de la métaphysique à l'occasion d'ennuis de santé. Au contraire, le nouveau Ravalec se place dans l'excellente lignée de Copi - bel esprit argentin de Paris qui osa nous faire rire avec son sida. Le narrateur ahuri commence par découvrir le détail des souffrances qui lui sont promises, son agonie prochaine et les effets secondaires du traitement - le tout gonflé par la masse cafardeuse des informations glanées sur Internet, quand on n'est pas médecin. Dans cette déconfiture, Ravalec conserve un ton alerte, rapide, incisif, toujours à l'aise pour mêler langue écrite et langue parlée, « la situation n'était pas joyeuse joyeuse ». D'ailleurs, sa malchance nous concerne tous, comme une version de cette approche de la mort qui se précise dans nos têtes après quarante ans. Sauf que, pour le dire, Ravalec sait rester au plus près de la vie concrète, tempérer l'horreur de la maladie par les détails drolatiques, la résignation ahurie des enfants quand il commence à « péter les plombs », puis son entrée dans un groupe de soutien psychologique où les malades apprennent à lutter contre la déprime en criant ensemble « Houla-la ».
Benoît Duteurtre, à propos d'Hépatite C de Vicent Ravalec, le Figaro, 10 mai 2007.
29 janvier 2007
Anne Wiazemsky par Benoît Duteurtre

Anne Wiazemsky ne tombe jamais dans le travers qui ferait de son histoire un règlement de comptes avec l'entreprenant Robert Bresson, mais elle a compris le rire de Mauriac qui lui recommandait de tenir son journal pendant le tournage : « C'est te fabriquer une arme formidable. » De fait, le personnage du cinéaste est la grande réussite du roman, avec son caractère incroyablement possessif, sa façon d'installer Anne dans la chambre voisine de la sienne, et de lui imposer de rester continuellement à ses côtés. Il déteste la voir fréquenter d'autres jeunes, s'emporte dans des crises de jalousie infantiles dès qu'elle adresse la parole à quelqu'un. Le refus qu'elle oppose à ses tentatives de caresses ou de baisers lui vaut en retour une « politesse glacée ». On s'inquiète, on rit, on se demande ce qui, dans son attitude, relève d'un exigeant travail avec les acteurs ou des élans fous d'un vieil homme amoureux.
Pourtant, ces pages délicieusement écrites restent illuminées par l'admiration pour un homme exceptionnel ; et l'on y sent aussi la découverte par l'héroïne de sa propre duplicité, de ses élans amoureux insatisfaits (« Suis- je une allumeuse ? » se demande-t-elle). Tant de contradictions la pousseront à chercher une solution qui transformera la jeune fille en jeune femme.
Benoît Duteurtre, le Figaro, 25 janvier 2007, à propos de Jeune Fille d'Anne Wiazemsky.
15 novembre 2006
Michel Houellebecq, Benoît Duteurtre et Michel Schneider
Parmi les jurés, Michel Houellebecq, siégeant cette année au titre de lauréat 2005, roulait pour Duteurtre. Dans sa barbe, il marmonne que le roman de Schneider lui est tombé des mains. L'intéressé, pas rancunier, se montre en revanche très fier de lui succéder. Imperturbable dans l'essaim de journalistes et de photographes qui l'ont assailli, Michel Schneider savoure la reconnaissance d'un grand jury, celle qui, après la critique chaleureuse et le décollage des ventes, manquait à son palmarès. «Mon enfance de cancre m'a toujours éloigné des lauriers, aujourd'hui, je suis comblé», dit-il. Il y a deux mois, quand nous l'avions rencontré, l'auteur avait balayé d'un revers de manche la course aux prix.
Le Figaro, 15 novembre 2006, à propos du prix Interallié.
31 octobre 2006
L'importance du détail
Le détail est préférable à la vue d'ensemble, il permet de dessiner une image incomplète, mais plus juste, du monde comme il va. De ce point de vue, malgré un style et des enjeux apparemment anodins, Chemins de fer est un roman engagé : il suffit au livre de rapporter certains faits pour qu'un constat se dégage de lui-même, sans aucune intervention ou interprétation de l'auteur, ou presque. L'énonciation est déjà une dénonciation. Le procès-verbal est plus féroce que le pamphlet.
Le Magazine littéraire,novembre 2006.
21 octobre 2006
Michel Déon par Benoît Duteurtre

Une formidable liberté d'invention
J'ai rencontré Michel Déon par la musique... C'était dans une Salle de répétition, sous les toits de la salle Favart où se déroulait une lecture de son opéra Une jeune Parque, mis en musique par Rémy Gousseau. En bavardant avec lui, j'ai vite compris que le romancier Déon était aussi un amoureux des arts, spécialement de la musique (il signa même un opéra-bouffe avec Pierre Petit) et de la peinture. En témoignent les textes rassemblés à la fin de ce volume d'oeuvres, illustrés par ses amis : Willy Mucha, Georges Ball, Jean Cortot, Julius Baltazar... souvenirs d'un Paris artistique et bibliophile presque disparu de nos jours où chaque milieu artistique semble enfermé dans sa spécialité, ses chapelles et ses enjeux de pouvoir.
Autre chose me frappe à la lecture de ces textes brefs : leur formidable liberté d'invention, dans une grande diversité de registres : fantaisie visionnaire dans le sillage de Michaux (Balinbadour, un pays où le mot aurore se dit « kxjttrp »), nouvelle teintée de surréalisme (cette jeune Parque qui fascine un groupe d'adolescents au bord de la mer), poésie en vers et en prose (Un chantier de démolition, Les Migrateurs du monde), satire loufoque à la Swift (Hu-tu-fu, où des congressistes pratiquent un curieux tourisme sexuel), antiquité revisitée par les temps modernes (Lettre ouverte à Zeus, Dernières Nouvelles de Socrate, Le Livre de Jason)... J'insiste sur cette liberté pour ne pas laisser croire - aux élèves formatés par l'enseignement scolaire - qu'au milieu du XXe siècle, s'opposaient le camp de l'audace (le « nouveau roman ») et celui du conservatisme (les « hussards »). À la lecture des oeuvres, c'est souvent le contraire qui apparaît, spécialement chez Déon, lui qui travailla aussi bien avec Salvador Dali et se montre ici aventurier, expérimentateur en littérature, habile à passer d'un genre à l'autre, comme ne le font plus guère nos fabricants de romans. De ces morceaux variés se dégagent pourtant quelques constantes, comme le goût passionné du ciel et des nuages, ou ce questionnement récurrent sur les dialogues qui se tiennent, là-haut, dans l'infini...
Benoît Duteurtre, Le Figaro, 19 octobre 2006.
18 juillet 2006
Chemins de fer

Romancier et critique musical, Benoît Duteurtre a publié chez Gallimard plusieurs romans dont Le Voyage en France (prix Médicis 2001) et, chez Fayard, La Petite Fille et la cigarette (2005).
La cinquantaine séduisante, Florence dirige une agence de communication. Elle a décidé d’organiser sa vie entre Paris et les Vosges, où elle dispose d’une maison perdue dans les bois. Chaque week-end elle se retrouve seule, avec le plaisir de prendre le train qui lui donne l’illusion de se perdre dans un autre temps, de rêver, de voir défiler le ciel, les collines et les canaux. En somme, de se retrouver.
Un soir de novembre, alors qu’un taxi la dépose devant chez elle, elle découvre avec horreur un grand réverbère tout neuf, planté à l’embranchement de son chemin. Elle déteste aussitôt cet éclairage cru qui annonce la venue de la « modernité » dans un paysage jusqu’à présent épargné. Le village, loin d’être à l’abri de cette intrusion brutale du « progrès », l’appelle même de ses vœux. Florence sent que le monde lui échappe.
Elle se souvient des premiers moments où cette modernité a grignoté sa vie. Sur l’île d’Hydra, où elle a passé des vacances, elle a pris, en guise de paquebot, un hydroglisseur semblable à une soucoupe volante. Plus d’ouverture sur la mer, plus de rêverie. A l’intérieur, on passe le temps devant un petit écran et un programme de téléachat.
Mais Florence est une femme de son temps : elle sait que sa bulle champêtre a un prix. Pour préserver sa quiétude, elle assume toutes les contradictions d’une vie parisienne frénétique et mondaine, superficielle, mais très rentable. Et, alors qu’elle vitupère contre la SNCF, qui « déclasse » les trains et ferme les voies qui la conduisent jusque dans son petit paradis, elle emporte, sans états d’âme, le nouveau marché de communication de l’entreprise. Elle va même jusqu’à n’être pas insensible au charme jeune trentenaire qui fait installer, sur tout le territoire, ses lampadaires inesthétiques !
Comme le monde a changé… La SNCF n’est plus une entreprise « de service public », mais un « voyagiste » ; la lumière, même si elle n’éclaire rien, sert à marquer un hypothétique progrès. Et, sous prétexte de démocratisation, les plus absurdes décisions administratives sont prises…
La dernière trouvaille de sa municipalité porte l’estocade et fait tomber ses illusions : un « espace propreté » aligne trois poubelles rutilantes au pied du réverbère et signe l’intrusion de l’écologie bureaucratique dans la vie rurale.
Florence prend conscience qu’elle ne pourra pas faire grand-chose contre le « progrès » en marche, d’autant qu’elle y contribue, quand elle est à Paris… En plus, au village, elle passe pour une Parisienne. Ils sont tous contre elle !
Après Service clientèle et La Petite Fille et la cigarette, Benoît Duteurtre réfléchit encore aux dérives de la modernité. Il dénonce, dans la tradition de Voltaire, les tromperies où, sous le langage de la technocratie, c’est la réalité libérale qui apparaît dans toute sa cruauté. L’ironie n’épargne rien. Grâce à elle, on retrouve l’esprit joyeux d’un Offenbach.
Présentation de l'éditeur.
http://www.editions-fayard.fr/Nouveaute/FrNouveaute.asp?Base=/Nouveaute/Nouv_JanFev05/Jan05_1.htm
14 décembre 2004
La Rebelle
Un énorme cactus plein de toiles d'araignées s'accrochait aux rochers, à gauche du funiculaire. À la station supérieure, Éliane descendit sans rien dire ; elle gravit les dernières marches, tête baissée, en évitant tout contact avec le groupe. Débouchant sur l'esplanade au-dessus de la mer, elle respira fortement, puis suivit ses collègues dans les rues escarpées en gardant une certaine distance. Devant cet alignement de boutiques de luxe, Éliane jugea bientôt Capri puant et surfait. Mais le guide s'engagea dans une ruelle, entre deux vieux murs couverts de bougainvillées mauves. Derrière les portails, des escaliers discrets conduisaient aux jardins et aux villas. Les employés de la Cogeca furent invités à franchir une grille, puis ils s'avancèrent sur une allée éclairée par des torches, à l'abri des palmiers. Sous les arbres, des garçons et des filles en veste bleue, coiffés de la casquette Cogeca, s'alignaient comme une rangée de domestiques. Éliane leur accorda des sourires charitables, pour montrer qu'elle jugeait cette parade humiliante et de mauvais goût. Un petit palais de marbre se dressait au fond du parc. Face au perron aménagé en scène, éclairé par des projecteurs et entouré de caméras, le public occupait plusieurs rangées de chaises. Des fauteuils étaient réservés aux invités de marque. Éliane s'approcha d'un garçon à casquette et chuchota à son oreille :
– Je suis Éliane Brun, j'ai peut-être une place à mon nom...
L'employé italien ne parlait pas français. Plus nerveuse, la présentatrice bouscula quel ques corps et s'avança vers les places protocolaires. Elle reconnut son patron, directeur des programmes de l'Autre Canal, un ancien ministre de l'Industrie, d'autres invités arrivés par avions et, deux rangs derrière, plusieurs membres de son groupe. Quelques regards s'étaient fixés sur elle, preuve que certaines personnes avaient identifié la présentatrice des «Rebelles». Retrouvant sa contenance, Éliane échangea quelques mots et gestes avec ceux qu'elle connaissait ; elle prit l'air désinvolte pour préciser, d'une voix forte, qu'elle allait s'asseoir au fond, «puisqu'il n'y a plus de places réservées !» Elle dédaignait les hiérarchies de cette colonie de vacances lorsqu'elle aperçut, au milieu du premier rang, la grosse secrétaire frisottée, incroyablement à son aise et répétant à son voisin :
– Y se sont pas foutus de notre gueule à la Cogeca !
N'y tenant plus, Éliane s'avança et dit, sur un ton de réprimande, comme à quelqu'un qui abuse un peu :
– Excusez-moi, madame, ce sont des place VIP.
L'autre se leva en s'excusant, tandis que la rebelle, soulagée, s'installait enfin dans le fauteuil qui lui revenait.
Extrait de La rebelle de Benoît Duteurtre, Le Figaro du 10 août 2004
19 septembre 2004
Benoît Duteurtre par Sébastien Lapaque

Benoît Duteurtre, c'est un peu notre Molière. Même ironie, même capacité à épingler le grotesque de son époque, même capacité à irriter la vanité des cagots. Du siècle de Louis le Grand à nos jours, la matière ne manque pas. Tartufe, aujourd'hui, promène son teint frais et sa bouche vermeille sur les plateaux de télévision, les bourgeois gentilshommes vont acheter leur baguette au coin de la rue en 4 X 4, et les précieuses ridicules publient des romans truffés de jargon psychanalytique. Pour avoir outragé ces farfelus en mettant de son côté les rieurs, M. Duteurtre a naguère essuyé les accusations d'une nouvelle cabale des dévots. Les Longues Figures d'aujourd'hui, aussi tristes que celle de la Compagnie du Saint-Sacrement autrefois, lui ont intenté un procès en sorcellerie, qui était de pure mauvaise foi. Il faut dire que l'insolent jeune homme, non content de s'être fait remarquer en disant sa passion pour l'accordéon et l'opérette, avait eu le toupet de sonner le glas de l'avant-garde musicale en moquant Pierre Boulez. Une reductio ad hitlerum de l'impertinent s'en est ensuivie immédiatement. Qui est comique est cynique, qui est cynique est réactionnaire, qui est réactionnaire est nazi. C'est bien connu. C'est, en tout cas ce qu'on a pu lire entre les lignes, dans les colonnes d'un certain quotidien du soir.
Les petits marquis d'aujourd'hui valent ceux d'hier : ils ont toujours des gens pour faire donner le bâton à l'effrontée roture. Ce qui a changé, c'est leur refus d'assumer le pouvoir et la fortune qu'ils se sont assurés sur le front des luttes médiatiques. Les puissants de l'heure se le posent volontiers en «dissidents», en «libertins», en «irréguliers» et revendiquent des engagements sans cesse plus «provocateurs», «dérangeants», «subversifs». Nous vivons une époque étrange où c'est le centre qui part à l'assaut de la périphérie, les élites qui se révoltent contre le peuple, le discours dominant qui règle les discours dissidents.
Dans une série d'essais flamboyants, Philippe Muray a disséqué le fonctionnement de cet «Empire du Bien» caractérisé par la «provocation en paquet-cadeau», la «subversion sous subvention», «le terrorisme du coeur» et la «bonne parole caoutchouteuse». M. Duteurtre prolonge son travail d'analyse sur le terrain de la fiction. Une louable ambition. La critique sociale s'accomplit dans la fable d'époque où tant de caractères remarquables sont résumés en quelques personnages.
La Rebelle, c'est Éliane Brun, une présentatrice de télévision au progressisme dopé à la bonne conscience. «Elle éprouvait de la sympathie pour les immigrés, les rappeurs, les acteurs, les boxeurs, les délinquants.» Pour avoir mis un peu d'eau dans le gros rouge de son adolescence gauchiste à mesure que s'arrondissaient ses revenus, Éliane Brun n'en est pas moins restée une journaliste engagée, attentive aux luttes des femmes, des jeunes, des minorités, etc. Elle se croit à l'abri de toute tentative de récupération par une économie de marché complaisamment haïe. La malheureuse ressemble à ces altermondialistes naïfs, qui ont lu Naomi Klein, mais pas Antonio Gramsci. Elle ne mesure pas la puissance d'intégration culturelle du capitalisme. M. Duteurtre met en scène sur le mode de la satire. L'écrivain a l'inspiration fertile et le don d'inventer des personnages loufoques. Un patron qui n'a que les mots «jeunesse», «imagination», «mouvement» à la bouche ; un aristocrate désargenté qui veut se refaire en vendant des «fermes éoliennes» génératrices d'«électricité propre» aux élus locaux ; un jeune homosexuel accablé par les moeurs de la tribu gay, qui convoite un vertueux destin de père de famille... Le romancier prend un malin plaisir à mettre en évidence les contradictions qui minent la vie des uns et des autres. A Paris, à Capri et ailleurs, on sent qu'il a travaillé sur le motif. Mais son livre n'a rien d'un récit à clefs. L'imagination accomplit son travail de réappropriation. Et l'auteur croit fermement au pouvoir du roman, aux vertus du regard de l'artiste. Abandonnant la dénonciation aux dévots de la cabale, il a trouvé le moyen de combattre l'insignifiance du moment où nous sommes. Il se contente de la montrer.Et c'est efficace.
Sébastien Lapaque, Le Figaro littéraire du 2 septembre 2004