01 décembre 2008
Décès de Béatrix Beck
La romancière française d'origine belge Béatrix Beck, prix Goncourt 1952 pour "Léon Morin prêtre", s'est éteinte à l'âge de 94 ans.
Née en Belgique en 1914, Béatrice Beck est décédée dans la nuit de samedi à dimanche dans la maison de retraite où elle vivait, à Saint-Clair-sur-Epte (Val d'Oise).
Elle laisse une trentaine d'oeuvres, des romans pour l'essentiel, mais aussi des contes, poèmes et pièces radiophoniques. "Léon Morin prêtre" l'avait rendue célèbre en lui permettant de décrocher le prix Goncourt en 1952.
Ce roman qui évoque le dialogue sous l'Occupation entre la jeune veuve de guerre d'un juif communiste et un prêtre, réflexion sur la vie, la beauté et la grâce, sur fond de conversion, avait été porté avec succès à l'écran par Jean-Pierre Melville, avec pour rôles principaux Jean-Paul Belmondo et Emmanuelle Riva.
Sa petite-fille, Mme Szapiro, elle-même écrivain et fille de Jean-Edern Hallier, a évoqué avec tendresse une grand-mère qui avait conservé non seulement "toutes ses capacités intellectuelles mais aussi cette fantaisie, ce sens du merveilleux qu'elle tenait de sa mère irlandaise et qui lui avait fait répondre un jour alors qu'on lui demandait à quoi elle pensait: à ce que peuvent faire les fées dans leur bulle".
"Le goût des mots, le sens de la féerie, le refus des concessions": Mme Szapiro a évoqué une créatrice à l'esprit libre, quelque part citoyenne du monde. Née en Suisse d'une mère irlandaise et d'un père belge, mi-letton mi-italien, elle-même de nationalité belge, Béatrix Beck était devenue française en 1955. Des emplois de professeur l'avaient conduite aux Etats-Unis et au Canada dans les années soixante, une matière dont elle nourrira son oeuvre.
Mme Szapiro souligne également "l'attachement à l'idéal communiste" que sa grand-mère avait manifesté jusqu'à ses derniers jours. Elle s'était mariée avec un juif apatride qui périra durant la guerre, la laissant veuve avec une petite fille.
Beatrix Beck, qui avait collaboré à L'Express de Françoise Giroud, avait publié son premier roman, "Barny", en 1948, à la suite de quoi elle deviendra quelque temps la secrétaire d'André Gide. Outre "Léon Morin, prêtre", son oeuvre phare popularisée par le cinéma, elle laisse de nombreux romans et recueils de nouvelles souvent à connotation autobiographique: "Des accommodements avec le ciel" (1954), "Cou coupé court toujours" (1967), "L'épouvante, l'émerveillement" (1977), "La décharge" (1979) qui lui avait valu le Prix du livre Inter, "Grâce" (1990), "Guidée par le songe" (2001).
Editée successivement chez Gallimard, au Sagittaire et chez Grasset, Béatrix Beck avait obtenu le prix Prince Rainier de Monaco et le prix de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre.
Libération, 30 novembre 2008 (Source AFP).
27 juin 2007
Jacques Brenner et Jean-Edern Hallier
C’est tribal, mais feutré. Pas de lancers de flèches qui déchirent la savane, et les parures rituelles sont simplement des visages un peu mornes, un peu anciens. Ca s’appelle Brenner, Jacques, distingué critique et éditeur d’après-guerre, romancier à ses heures, dont Claude Durand, chez Pauvert, publie le second tome du Journal (1950-1959). On se croirait au Musée des Arts premiers.
Il y a des vivants et des morts. Des morts surtout. Tiens, ce masque bantou. Mais non, c’est Jean-Edern : « Vendredi 1er octobre 1954. Le jeune Hallier qui m’interviouve pour Arts me dit : « J’ai beaucoup aimé votre livre, mais il n’aura pas de lecteurs, vous ne croyez pas ? » Il a l’œil gauche malade, plus lent à se mouvoir que le droit, et plus brillant. Sentiment de gêne, bien que le garçon soit sympathique. » Voyez, ces gens qu’on a toujours connus vieux. Ces Jean-Edern. Grâce à Brenner, voici qu’ils sont jeunes à nouveau. Qu’ils débutent, qu’ils gaffent, qu’ils commencent à peine à mordre.
Didier Jacob, à propos du tome 2 du Journal de Jacques Brenner.
http://didier-jacob.blogs.nouvelobs.com/
03 février 2007
C'était au temps de l'imaginaire
C'était bien avant la télévision, presque avant le cinéma. C'était au temps de l'imaginaire. Il y avait deux petits garçons qui se racontaient des histoires, tard dans la nuit. Mon frère Jean-Edern - de quinze mois mon aîné - et moi, dans le noir, nous déroulions des épopées. Chacun de nous avait son pays, avec sa géographie, sa capitale, et, bien entendu, son armée. Car nous n'arrêtions pas de nous faire la guerre. Les invasions se terminaient par des traités de paix aussitôt violés par des incidents de frontières, jusqu'à ce que le sommeil, notre ennemi commun, peu à peu, nous gagne.
Laurent Hallier, Le Figaro Magazine, 3 février 2007.
11 janvier 2007
La mise à mort de Jean-Edern Hallier

Et son oeuvre ? Survivra-t-elle à ses frasques ? Réponse dans ses livres. Hallier était sans aucun doute pourvu du souffle ample d'un écrivain de race, Les Aventures d'une jeune fille, Le premier qui dort réveille l'autre ou La Cause des peuples le démontrent, mais il n'en avait pas le caractère, ne supportant pas la solitude qui fait les travaux de longue haleine. « Heureusement qu'il n'a pas connu le téléphone portable : il aurait rendu chèvre la cellule. Il ne pouvait pas rester seul une minute. La solitude avait pour lui un avant-goût d'enfer. L'enfer ce n'était pas les autres comme disait Sartre, l'enfer, c'était lui », écrit Palou. L'Évangile du fou et Je rends heureux son dernier roman, consacré à son ami de jeunesse Jean-René Huguenin, sont l'expression de cette faillite, malgré de beaux passages. Hallier se croyait persécuté parce qu'on ne criait pas au génie, mais dans le domaine du roman, le génie l'avait quitté depuis longtemps.
Reste le pamphlet, genre de droite où il excella. Jean Dutourd, Michel Déon, Louis Pauwels ne s'y ont pas trompés qui seront parmi ses plus fidèles soutiens. Mais le pamphlet ne peut pas tout et le grand drame d'Hallier fut de ne plus croire au pouvoir du roman, d'où sa flagornerie à l'égard du monde télévisuel et son envie d'accéder, coûte que coûte, à la notoriété qu'il procure. Fax d'outre-tombe, Voltaire tous les jours 1992-1996 publié par le collectif des amis de Jean-Edern et qui rassemble des centaines de lettres envoyées à tout ce qui se croit quelque chose à Paris en témoigne. Tout y est : le talent, l'humour enjôleur, le désir d'être convié au festin, qui se transforme en cruauté quand il rate son but. Et surtout cette inimitable manière de s'aimer en se détestant, à moins que ce ne soit l'inverse. Hallier bourreau de soi-même ? L'énigme de ce grand talent qui s'est grillé les ailes aux lampions médiatiques de notre temps subsiste.
Le Figaro, 11 janvier 2007.
19 novembre 2005
Numéro 17 du Journal de la Culture
Il est sorti ! J'aime beaucoup la couverture.
10 juillet 2005
Des histoires interminables
Mon frère et moi couchions dans la même chambre. Aussitôt la lumière éteinte, je me forçais à combattre l'emprise de la nuit et du sommeil, chute sans ivresse dans un monde où le rêve ne m'aidait pas à survivre, en racontant interminablement, d'une voix chuchotée, pressante, des histoires qui le tenaient éveillé. J'avais dressé les cartes d'un continent inconnu entouré d'océans étranges, de pays toujours en guerre les uns contre les autres et de villes enfouies sous la terre ou mues dans les airs. Je les peuplais de minéraux et de végétaux doués d'une vie propre, de héros éternellement morts, mais toujours ressuscités. Mes pouvoirs d'invention étaient sans cesse accrus par la peur que mon frère ne s'endormît et ne m'abandonnât à mon sort. Je devenais ainsi conteur à ma façon, de nouvelles mine et une nuits.
Extrait d'un texte de jean-Edern Hallier, Tel Quel novembre 1960, Le Journal de la Culture juillet-août 2005.
28 décembre 2004
Méchancetés et vacheries littéraires
Les vengeurs musclés![]()
par Isabelle Fiemeyer
Lire, décembre 1996 / janvier 1997
Pour Jean-Edern Hallier ou Marc-Edouard Nabe, la férocité est devenue une raison sociale. Et la littérature dans tout ça?
On sait d'avance qu'ils ne vont pas mâcher leurs mots, mais ce qu'ils disent est aussi imprévisible qu'eux-mêmes. Débordements de colère, obscénités, humour grinçant, visions lucides, révélations prophétiques: ils sont capables du pire et du meilleur. Chacun dans leur genre, Jean-Edern Hallier, Geneviève Dormann, Marc-Edouard Nabe et Patrick Besson appartiennent au club très fermé des «méchants». D'autres écrivains journalistes qui ne pratiquent pas la langue de bois, comme Françoise Giroud, se tiennent en retrait de cette «bande des quatre»: «Tout écrivain s'exposant à la critique, il y a une légitimité à dire ce qu'on pense, à condition de ne pas tomber dans la méchanceté.»
énéral. Pour reprendre Bernanos, '' Jamais je ne me lasserai d'offenser les imbéciles ". Mais si je réagis au quart de tour, c'est en tant qu'être humain et non en tant qu'écrivain. Je ne porte pas de message: '' Il y a des télégraphistes pour cela ", disait Paul Morand!» D'un point de vue d'écrivain, poursuit Geneviève Dormann, «Je regrette que les critiques ne soient pas suffisamment méchants. En soulignant les défauts, ils aident l'auteur à progresser. A l'exception de rares articles, ceux d'Angelo Rinaldi ou de Renaud Matignon, on tombe souvent d
Jean-Edern Hallier, lui, est un «vrai méchant», mais à quel prix! Sa vivacité d'esprit et son sens de la formule, à défaut du génie qu'il revendique, ne le préservent pas du désespoir. D'ailleurs, la méchanceté n'est-elle pas la manifestation d'un mal-être profond? Difficile néanmoins d'éprouver de la compassion pour un individu aussi peu respectable. D'autant que Jean-Edern Hallier récolte ce qu'il sème. Les attaques dont il fait l'objet alimentent son délire de persécution et réactivent ce que beaucoup considèrent comme de la perversité et de l'immoralisme. C'est tout le propos des Puissances du Mal (Le Rocher/Les Belles Lettres), son dernier livre qui, malgré quelques bons mots, ne risque pas de passer à la postérité. Entre deux ou trois pathétiques déclarations d'amour à la femme qu'il a été incapable d'aimer, il y ressasse avec un plaisir morbide les attaques et tentatives d'assassinat commanditées contre lui au plus haut niveau de l'Etat et, surtout, crache encore et toujours son venin, s'emporte contre les mêmes hommes d'influence, Roland Dumas, Bernard Tapie, Philippe Labro...
Geneviève Dormann a le cœur plus tendre: «Ce qui me fait sortir de mes gonds, c'est la langue de bois, les hommes politiques et la connerie en g
ans les papiers de connivence sans intérêt.»
Ce qui est terrible avec ces «méchants», c'est que leurs emportements ont parfois des accents de vérité. Le plus authentique dans ce domaine est sans doute Marc-Edouard Nabe. Drapé dans sa dignité, tour à tour jubilant et pestant d'être un paria du monde littéraire, son intervention fracassante à Apostrophes il y a onze ans puis ses contributions sulfureuses et obscènes à L'Idiot international ont suffi à asseoir sa notoriété d'écrivain transgresseur: «Pourtant, affirme-t-il, je ne combats personne; je suis en croisade. En cette fin de siècle si médiocre, où tout est à base d'idéologie, de morale et d'intellectualisme, où l'être humain est tombé bien bas, je cherche simplement à affirmer ce que j'ai compris et à montrer ma propre conception de la beauté. Mon agressivité n'est donc jamais gratuite.» Dans son dernier livre, Inch'Allah (Le Rocher), tome III de son journal intime qui, s'il fait grincer des dents, a le mérite d'être l'œuvre d'un vrai écrivain, Nabe «joue, selon son expression, les entomologistes pour rendre compte de l'état lamentable dans lequel se trouve la société littéraire et intellectuelle française des années 80». Tout y passe, vie publique et privée, conversations intimes, comme si l'accumulation de détails rendait la vérité plus lumineuse et absolue.
Ce qui fait la complexité du personnage, irrite les uns et fascine les autres, c'est que Nabe en appelle sans cesse à Dieu et qu'on le sent vibrer d'une authentique ferveur: «Je ne suis pas un provocateur, mais un mystique combattant. La vraie bonté étant de dire la vérité, quitte à blesser, j'attaque pour que, par la blessure, l'on en ressorte transfiguré et meilleur. Certes, je prêche la plupart du temps dans le désert, mais les croisades inutiles ne sont-elles pas les plus belles?»
Après la méchanceté mystique, la méchanceté moqueuse... C'est peut-être Patrick Besson qui détient la clé de la fausse méchanceté, de la méchanceté utile. Son arme, c'est l'humour. Il n'humilie pas, il vexe: «Je dis ce que je pense et j'écris ce que je dis. Je suis direct, brusque, brutal même, mais je ne suis pas méchant. A L'Idiot international, je n'ai jamais été d'accord avec Jean-Edern: contrairement à lui, je trouve que la méchanceté est une impasse et que ce n'est pas bien malin d'humilier. Quand je n'aime pas un livre, je préfère m'en moquer gentiment. Je n'attaque jamais un écrivain qui sort du bois et n'est pas reconnu, je n'attaque que si un malentendu semble s'installer, si l'on sous- estime ou surestime un auteur comme dans le cas de Patrick Modiano ou d'Umberto Eco. Cela me fait de la peine quand je vois des gens s'escrimer sur Le pendule de Foucault!»
Autant de moqueries, même féroces, dont Jean-Edern Hallier et Marc-Edouard Nabe ne peuvent se contenter. Tous deux attaquent pour blesser, le premier dans un délire pervers particulièrement nuisible, le second dans un délire mystique plus sympathique. Mais faire le mal pour le mal ne s'apparente-t-il pas davantage aux règlements de comptes qu'à la férocité littéraire?
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Le puissances du Mal
Jean-Edern Hallier
Le Rocher, Les Belles Lettres
