Propos insignifiants

Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains

21 octobre 2008

Admiratrice

La polémique n'est pas mon fort. Mais tenir un blog y expose. J'ai donc eu la semaine dernière les honneurs de la page d'accueil de Libération.fr. Raphaël Sorin y citait «l'ahurissant couplet d'une admiratrice de l'écrivain à peine nobelisé, une certaine Aliette Armel » : elle s'était permis de décrire ce moment où la litanie implacable et noire des catastrophes boursières avait été mise en suspens, où la figure digne de Le Clézio était apparue à la une de tous les journaux et où l'attribution du Prix Nobel de littérature avait un instant interrompu le flot de nouvelles hallucinantes, milliards déversés et traders irresponsables jouant le sort de l'économie mondiale à la roulette russe de combinaisons financières démesurées.

J'avais rendu compte d'une expérience partagée par beaucoup mais qui suscitait l'ironie mordante de certains. Le jour même où Raphaël Sorin - qui rappelons-le a été le premier éditeur de Houellebecq -  faisait paraître son billet d'humeur sur Liberation.fr, Jérôme Garcin analysait sur BibliObs le mépris de Houellebecq et de Bernard-Henri Lévy pour un écrivain qu'ils déclaraient ne pas avoir lu : « On n'a pas assez dit, concluait Jérôme Garcin, que ce prix Nobel clouait d'abord le bec à tous les cyniques parisiens qui ont rangé cette oeuvre majeure dans la collection «Signes de piste» et parlé de lui comme, jadis, les riches colons parlaient des indigènes. Avec de la morgue, et un fouet. Merci, Stockholm. »

Aliette Armel

Pour lire la suite :

http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/la-vie-en-livres/20081020/7940/le-clezio-objet-de-polemique

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09 octobre 2008

Un vrai et franc exercice intellectuel

Houellebecq_BHL

Sauf à être candide, ou sottement vertueux, on est forcé de le reconnaître : voilà ce qui s’appelle une opération bien menée. Son revers évident, qui n’est pas mince, étant qu’on ne peut s’empêcher de considérer avec suspicion l’ouvrage dont le lancement a été ainsi orchestré. Est-ce à dire que son contenu ne suffit pas, pour qu’il faille lui préparer une telle rampe de lancement ? C’est dommage car, après lecture, il s’avère que cette méfiance n’est pas justifiée. Le titre du livre est certes absurde, qui fait écho à l’étonnante posture victimaire que partagent le romancier de La Possibilité d’une île et l’essayiste-écrivain : ils seraient l’un et l’autre des « ennemis publics », sujets de la vindicte quasi unanime de la presse et des milieux intellectuels, maltraités par les médias, qui en prennent ici pour leur grade... Mais lorsqu’entre les deux hommes la conversation s’installe véritablement, émergent de vrais moments d’intimité et de sincérité – chacun d’eux dresse ainsi, par exemple, un très beau portrait de son père –, surgissent et se développent des réflexions d’une incontestable tenue, qui éclairent le travail de chacun, son parcours intellectuel, son rapport à la pensée et à l’écrit. Un grand livre ? C’est trop dire. Mais un vrai et franc exercice intellectuel, dont la valeur risque d’être engloutie par le torrent médiatique.

Télérama, 4 octobre 2008.

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04 octobre 2008

Nihiliste à tendance totalitaire

Des lettres ou du néant ?

On s'interroge : de quoi sera fait « Ennemis publics » (Flammarion), la correspondance échangée par Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy ?

Le romancier Michel Houellebecq et l'ex-nouveau philosophe Bernard-Henri Lévy réunis dans une correspondance à paraître le 8 octobre, c'est du lourd en termes de cuisine éditoriale. On verra si c'est du bon quand on aura lu l'ouvrage, placé sous embargo par l'éditeur Flammarion afin de mieux faire monter la sauce. En attendant, le buzz joue à fond. Houellebecq-Lévy, c'est d'abord le choc de deux esthétiques. Le premier, lunaire et cynique, a emprunté à Gainsbourg (cigarette nonchalante, alcool et petites pépées) comme à Céline (le chien et les frusques de clodo). Le second, péremptoire et charmeur, s'est fait connaître il y a trente ans en Musset du concept, vêtu de blanc et de noir, aux couleurs de ses deux catégories obsessionnelles, le Bien et le Mal. Au plan de la vision du monde, ils sont aussi très dépareillés. Nihiliste à tendance totalitaire, Houellebecq crache sur le libéralisme et s'amuse à saluer Staline. Fort en thème marqué par Soljenitsyne, Lévy a marché contre le goulag et lu Tocqueville. Dégagé de tout, le premier se fout des causes politiques du second (la Bosnie, l'Afghanistan, etc.). Le romancier tartine sur les partouzes et la misère sexuelle quand le penseur, se méfiant des instincts, zappe la question libidinale. Tous deux partagent cependant une propension à l'anathème désastreux : Houellebecq méprise l'islam et Lévy voit du fascisme un peu partout. En définitive, ces réalisateurs malheureux (La Possibilité d'une île pour l'un, Le Jour et la Nuit pour l'autre) n'ont en commun que d'être d'habiles metteurs en scène de leurs propres affects.

C'est Houellebecq qui serait l'instigateur de cette correspondance. Avec, sans doute, une petite idée de prédateur derrière la tête, car on le voit mal se passionner pour le corpus de Lévy, dénué de poésie et sûrement trop abstrait, trop moral à son goût. En revanche, on imagine bien Lévy, curieux de littérature et fasciné par elle, se pencher sérieusement sur l'euvre du romancier. Les deux écrivains ont un intérêt commun dans cette entreprise : se relancer, se recréditer, se ressourcer. Depuis Plateforme (2001), Houellebecq écrit des livres avec 200 pages de trop. Converti au journalisme d'idées (Les Damnés de la guerre, Qui a tué Daniel Pearl ?, American Vertigo), Lévy s'est parfois vu reprocher ses méthodes d'investigation. Leur sens du débat, les sujets abordés (famille, littérature, amour, réputation, humour) et, bien sûr, l'émulsion de leur ego pourraient provoquer de beaux moments d'intensité, tout en leur offrant la chance ultime d'en finir avec leur caricature. La qualité du livre sera sa sincérité. Le bruit fait autour montre qu'ils ont gagné la première manche du bluff, de la sidération. La seconde sera plus critique, elle concernera le contenu de l'emballage. A bientôt.

Jean-Marc Parisis, Le Figaro, 3 octobre 2008.

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23 septembre 2008

Des individus assez méprisables

Tout, comme on dit, nous sépare - à l'exception d'un point fondamental : nous sommes l'un comme l'autre des individus assez méprisables.

Extrait de la 4è de couverture d'Ennemis publics, Michel Houellebecq à propos de lui et de BHL.

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21 septembre 2008

Ennemis publics

Tout a commencé par un "indiscret" dans Le Journal du Dimanche du 15 juin 2008: Teresa Cremisi, PDG des éditions Flammarion, allait annoncer, le 17 juin, devant 300 libraires, la parution en octobre d'un livre secret, à quatre mains, tiré dans un premier temps entre 100 000 et 150 000 exemplaires. Un tirage monumental. A partir de là, la machine à rumeurs s'est emballée pour créer le plus gros buzz littéraire jamais vu. C'est allé crescendo. Des journalistes en sont même venus, ces derniers jours, à appeler de gros imprimeurs pour connaître le nom des deux mystérieux auteurs.

On a tout entendu, jusqu'à dire que le livre n'existait pas. Le nom de Michel Houellebecq, avant qu'il ne vende lui-même la mèche lors d'une interview à Technikart, est soudain apparu comme un point fixe. Oui d'accord, mais Michel Houellebecq avec qui? On a lancé comme sûr et certain Michel Houellebecq et Carla Bruni; Michel Houellebecq et André Glucksmann; Michel Houellebecq et Lionel Jospin; Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec. Et puis enfin, soulagement, on pensait avoir trouvé: Michel Houellebecq et Frédéric Beigbeder.

Grosses polémiques en vue

On avait tout faux. Le nom de Bernard-Henri Lévy n'a jamais, jamais été prononcé. Et, pourtant, c'est bien de lui dont il s'agit. Ennemis publics, Correspondance de Michel Houellebecq et de Bernard-Henri Lévy, sera en librairie le 8 octobre. On possède déjà quelques éléments sur ce qui s'annonce comme un événement. Ils y parlent de la littérature, de l'intime, de l'humour, de leurs parents, de l'amour, de leur réputation. Michel Houellebecq y rend hommage à Blaise Pascal. Bernard-Henri Lévy s'y confronte à ses souvenirs. Ils évoquent aussi ceux qu'ils aiment et ceux qu'ils n'aiment pas. Grosses polémiques en vue. Car ce ne sont pas seulement deux grands auteurs et deux gros vendeurs, ce sont aussi deux redoutables bretteurs, amateurs de castagne. Ils font beaucoup de bruit séparément; on n'ose imaginer ce que ça va donner ensemble. Si la correspondance du philosophe "médiatique" et du romancier "dépressif" arrive à réunir les ennemis de l'un et de l'autre, alors, c'est sûr, le succès va être immense.

C'est certain. Ils disent beaucoup et donnent beaucoup dans Ennemis publics. On sait que Michel Houellebecq y est égal à lui-même et que Bernard-Henri Lévy y est au mieux de lui-même. L'auteur du Siècle de Sartre (Grasset, 2000) aurait-il enfin trouvé un partenaire à sa hauteur? On pourrait penser que Bernard-Henri Lévy s'encanaille et que Michel Houellebecq s'embourgeoise. Aucune chance. Rien n'est jamais simple avec eux. Ils se cherchent plus qu'ils ne se trouvent. Ils ont en commun le sens du jeu et le goût du feu.

Le Journal du Dimanche, 21 septembre 2008.

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09 janvier 2008

Le regret de François Nourissier

Jur_s_Goncourt

Avez-vous un regret ?

Celui de ne pas avoir pu imposer Michel Houellebecq. Je me souviens que peu après le prix (décerné à Paule Constant, NDLR), nous avions été reçus à l'Élysée. Le président Chirac avait alors fait une sortie audacieuse : «Mais Nourissier, Houellebecq, c'est un écrivain de fourré, de buisson, vous ne pouvez pas le défendre.» J'avais riposté en lui expliquant que ce n'était pas son rôle de prendre ainsi parti. À la fin du repas, il s'est levé. Je suis ostensiblement resté assis et après que le président eut porté un toast à la santé de l'académie Goncourt, je me suis levé à mon tour et j'ai trinqué «à Michel Houellebecq qui doit être un peu seul ces jours-ci».

François Nourissier, Le Figaro, 9 janvier 2008.

La photo, prise par le Figaro, représente les jurés du Goncourt (octobre 2007).

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05 janvier 2008

Fargues nous tend le miroir de nos médiocrités

L'auteur de One Man Show et de J'étais derrière toi poursuit son oeuvre, exemplaire. Aussi cruel que Dostoïevski, donc, mais moins cynique que Beigbeder, moins sordide que Houellebecq, plus courageux que Modiano. Il peint le monde contemporain avec la distance exacte : ni trop près, ni trop loin. Sur le racisme et surtout l'antiracisme, il fait dire à ses personnages des vérités admirables. Sur notre rapport au cinéma, au sexe, à la célébrité, il a tout compris et le restitue, d'une manière faussement fictionnelle, dans sa parfaite vérité. Sur l'art contemporain de la manipulation, sur l'aptitude au malheur de chacun d'entre nous, sur l'influence de la France et du français dans le monde, tout est brillamment dit et écrit. Fargues nous tend le miroir de nos médiocrités. Cela ne se refuse pas.

Jean-Christophe Buisson, Le Figaro Magazine, 5 janvier 2008.

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06 juillet 2007

Les sésames à la loi de la jungle

«INDIQUER les désastres produits par les changements de moeurs est la seule mission des livres » soulignait Balzac. Michel Houellebecq n'a cessé de mettre en pratique ce précepte. Dans Extension du domaine de la lutte, son premier roman sorti en 1994, il exprime l'intuition que le nouveau capitalisme va s'étendre à « toutes les âges de la vie et à toutes les classes de la société » et que le « libéralisme sexuel » lui a ouvert la voie. Cette conjonction « libérale-libertaire » signe, selon lui, l'avènement de la solitude, de la frustration et du désir perpétuels. De la description de l'entreprise moderne à celle du tourisme de masse et de la sexualité exacerbée, c'est une société dominée par l'individualisme, le matérialisme et in fine la violence que Houellebecq dépeint. On a souvent oublié que cet écrivain, au succès convoité et contesté, ne commente pas, mais anticipe. Qu'il s'agisse des mutations liées au néocapitalisme ou de l'émergence d'un terrorisme islamiste radical (voir le récit prémonitoire dans Plateforme, sorti en août 2001, de l'attentat de Bali de 2002) sans oublier la charge contre l'idéologie soixante-huitarde dans Les Particules élémentaires, dès 1998, et sa volonté d'en finir avec l'esprit de Mai dont il avait saisi que le « jouir sans entraves » et « il est interdit d'interdire » étaient les sésames à la loi de la jungle.

Christian Authier, Le Figaro, 6 juillet 2007.

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26 novembre 2006

Ils se bagarrent avec la langue

Les histoires n'ont aucun intérêt. Il y en a plein les journaux. Seule compte la langue. On doit s'interroger sur notre monde. Il faut sans cesse aiguiser son outil pour le comprendre. Donner sa vision par la phrase. Je ne vois pas l'intérêt de continuer à écrire des romans sur la Première ou la Seconde guerre mondiale. J'aime des écrivains comme Houellebecq et Despentes. Ils se bagarrent avec la langue au lieu d'être en prosternation devant elle. Ils mettent les pieds dans le plat.

Philippe Djian, Le Journal du Dimanche, 26 novembre 2006.

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17 novembre 2006

Moins arrivistes qu'on pouvait le penser

Finalement, nous étions moins arrivistes qu’on pouvait le penser. Je m’en suis aperçu au moment de la succession de Raphaël Sorin chez Flammarion. On m’a demandé qui je voyais pour le remplacer. J’aurais pu dire “moi”, mais je suis trop paresseux pour être éditeur. J’ai alors suggéré Frédéric Beigbeder, pensant que ça l’amuserait. Il a démissionné au bout de deux ans. Cela démontre un manque navrant d’acharnement à saisir les positions de pouvoir. De tous les gens apparus au milieu des années 90, aucun n’a suffisamment voulu le pouvoir. En leur temps, Gide, Nimier, Sollers avaient su occuper des places fortes. Au fond, nous sommes restés des punks, et nous connaîtrons le même destin.

Michel Houellebecq, Paris-Match, 16 novembre 2006.

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