07 juin 2009
Perte de temps

Je suis tout sauf déprimée et torturée, je trouve que c'est une perte de temps.
Mélanie Laurent, Libération Next, 6 juin 2009.
04 mai 2009
Une histoire de sexe dans ses méandres mystérieux

On vient encore de me proposer une comédie aux dialogues osés. Les personnages importants que j'ai joués ont tous un rapport à la provocation. Sans doute les metteurs en scène ont-ils su débusquer en moi et la salope et la godiche...
C'était à un moment de ma vie où j'étais dans un état vertigineux. Je pense que Benoît Jacquot me l'a proposé à cause de ma pâleur, de mon côté flottant, comme la Mia Farrow d'Alice, de Woody Allen. C'était encore une histoire de sexe mais, cette fois, dans ses méandres mystérieux. (à propos de Septième ciel).
Sandrine Kiberlain,Télarama, 28 avril 2009.
26 septembre 2008
Le plus bel animal du monde

«L e plus bel animal du monde ! » annonçait le slogan publicitaire de l’un de ses chefs-d’oeuvre, « La comtesse aux pieds nus » (Joseph L. Mankiewicz, 1954). C’est vrai qu’elle était belle, Ava Gardner, une beauté « à faire bouillir le sang », une véritable « déesse de l’amour » écrit Lee Server, l’auteur d’une superbe biographie qui paraît aux Presses de la Cité. Belle à se damner, donc, avec ses cheveux de jais et ses yeux verts ; belle à être damnée, surtout : au panthéon des stars brûlées par la lumière des projecteurs, Ava a sa place au sommet, juste à côté de Marilyn, elle qui noya dans l’alcool ses angoisses de femme-objet, collectionna les conquêtes d’un soir comme d’autres les bijoux et hanta les bordels de Madrid et d’ailleurs pour que les nuits passent plus vite. Lee Server, journaliste à la plume alerte et auteur d’un excellent livre sur l’un des nombreux amants d’Ava, Robert Mitchum, a trouvé un sujet en or dans la vie de la jeune oie blanche du Sud engagée par la MGM pour jouer les sirènes en fourreau de soie noire, grand amour de Frank Sinatra qui garda jusqu’à sa mort une statue d’elle en Vénus dans son jardin, et surtout formidable actrice qui ignora toute sa vie son talent. Car il y a mille Ava Gardner, toutes aussi fascinantes et inoubliables : la vamp au regard innocent des « Tueurs » (Robert Siodmak, 1946), l’aventurière gouailleuse de « Mogambo » (John Ford, 1953), l’amoureuse éperdue de la somptueuse fresque indienne de Cukor, « La croisée des destins » (1956), la fantasmagorique « Pandora » (Albert Lewin, 1951)... Et, bien sûr, la star absolue de « La comtesse ». Peu de divas hollywoodiennes-à part sans doute Elizabeth Taylor-ont ainsi aligné les grands films et hypnotisé la caméra comme elle. « L’amour n’est rien », disait-elle, elle qui, longtemps après leur divorce, retrouvait Frank Sinatra dans des chambres d’hôtel pour quelques heures de passion, de disputes alcoolisées et de cigarettes partagées. Et l’on sait gré à son biographe d’avoir su ramener à la vie, le temps d’un livre, ce personnage hors du commun, qui traversa la vie comme une héroïne d’Ernest Hemingway, irrésistible et solitaire, rayonnante et blessée.
« Ava Gardner », de Lee Server. Traduit de l’anglais par Jean-Charles Provost (Presses de la Cité)
Le point, 18/09/08
20 août 2008
Je ne suis pas tellement monogame

Vous me renvoyez à ma condition, c’est clair. Le mec en fin de piste. Physiquement, je sens encore un écho sur les femmes mais vous m’avez dit, en gros, que mes deux derniers rôles sont une espèce de mec qui a dépassé les 50 ans et « se tape de la jeune ». Il faut que je l’accepte, ce n’est pas un moment facile. Moi, je suis assez bête pour ne pas avoir l’impression que j’ai cet âge-là. (…) Je ne suis pas fait pour ça (être amoureux NDD). Ca m’alourdit, ça me plombe et ça me rend très malheureux. Je déteste ça : je voudrais des relations qui n’emprisonnent pas. Quand je suis joyeux, j’ai une sexualité libertine sans immoralité. Je ne suis pas tellement monogame. Je trouve que c’est une impasse. Ma propre meuf dit : « Il faut qu’il y en ait deux, trois qui se coltinent le morceau. » ».
Fabrice Luchini, Le Parisien, 20 août 2008.
13 août 2008
Ecrire pour rester vivant

La petite équipe d'Alexandre Sokourov a été la première à recevoir la permission de tourner à l'intérieur de la maison de Soljenitsyne, près de Moscou. Le film ne se penche pas tant sur le passé légendaire de l'auteur. De sa jeunesse, on retiendra surtout que l'écriture est "la singularité secrète" de Soljenitsyne. À l'école, au front, en camp, en prison et à l'hôpital, c'est en secret la plupart du temps qu'écrit l'homme pour rester vivant. En fait, Soljenitsyne intéresse plus le cinéaste par ses attitudes, ses pensées et sa vie actuelle.
Le Point, 12 août 2008.
04 août 2008
J’ai le sentiment d’avoir des pouvoirs magiques et de disparaître

Devenir actrice, c’était un rêve de petite fille ?
Non, pas du tout. Petite, j’aimais jouer à l’actrice l’été, car je trouvais ça beaucoup plus drôle que les colos. Mais je ne pensais pas pouvoir en faire un jour mon métier. Et puis finalement, tout s’est enchaîné assez vite.
À quel moment avez-vous eu le déclic ?
Assez vite, finalement : vers 14-15 ans. Je lisais Lettres à un jeune poète, de Rainer Maria Rilke. L’auteur demande au jeune poète de regarder en lui s’il ressent la nécessité d’écrire de la poésie. J’ai regardé en moi, et j’y ai vu la nécessité de jouer. Ce qui me plaît ? Le moment furtif où l’on n’existe plus. Quand je joue, je ne suis plus moi. J’ai le sentiment d’avoir des pouvoirs magiques et de disparaître. C’est comme un vertige… C’est un sentiment difficile à décrire.
Ludivine Sagnier, Madame Figaro, 2 août 2008
17 juin 2008
Je ne "joue" pas Sagan

Comment vous y êtes-vous prise ?
J'ai fait comme les gamins qui apprennent l'anglais. Ils « mimétisent ». Diane a acheté des documents à l'INA que j'ai regardés sur l'ordinateur. J'ai écouté en boucle Avec mon meilleur souvenir, lu par Sagan. Je prenais des petits bouts d'elle, à 20 ans, à 30 ans, et je bougeais comme elle. Je ne faisais que ça, imiter, ses moues, ses chantonnements. Je sentais que ça venait. Je suis allée voir un ami orthophoniste qui m'a confirmé que j'avais trouvé quelque chose. Et, un jour, j'ai pu dire à Diane : ça y est, j'ai chopé un truc ! Elle était terrorisée... Mais, à partir de là, j'ai pu mettre Sagan un peu de côté. Et entrer dans les textes de Diane. Ce n'est pas du tout la même chose de répéter des phrases de Sagan et de prendre des phrases de Diane et d'y coller Sagan. Finalement, pendant le tournage, j'ai tout oublié. Est resté ce qui est resté. Une chose est sûre : je ne « joue » pas Sagan.
Vous restituez pourtant cette diction très particulière qui faisait aussi son charme...
J'ai amoindri ! A 18 ans, elle ne parle pas, elle chante. Il fallait alléger. Plus tard, sa manière de parler change. Les mots sont bloqués, comme s'ils se pressaient trop nombreux. Comme s'ils ne suffisaient jamais pour se faire comprendre. Elle a toujours besoin d'ajuster, de préciser, et elle n'y parvient jamais tout à fait. Le rythme de la langue parlée en dit beaucoup sur quelqu'un. C'est son horloge interne.
Sylvie Testud, L'Express du 29 mai 2008.
14 août 2007
Claude Chabrol et Ludivine Sagnier

C'est d'ailleurs en voyant Ludivine Sagnier dans la dernière adaptation de Peter Pan que Chabrol a succombé au charme de la belle. Elle a accepté sans hésiter, honorée d'ajouter à son palmarès un pilier du cinéma français. "Je me sens comme une collectionneuse. J'adore chiner de vieilles pièces comme Chabrol", souligne l'actrice. En témoignage de son affection, elle lui a offert une robe de chambre Playboy. "Du Ludivine tout craché, s'amuse Claude Chabrol. Elle n'a pas froid aux yeux. Elle trouvait même 'sympathique' de vivre une aventure avec un vieux machin comme Berléand." Entre les mains de Chabrol, elle n'a peur de rien, ou presque. "Par son talent, il suggère la sexualité, mais on est protégé par sa pudeur", précise la comédienne.
Le Journal du Dimanche, 5 août 2007.

Richard Fleischer s'est inspiré du même fait divers en 1955 pour La Fille sur la balançoire, qui ressort cette semaine. Y a-t-il des parallèles entre vos deux films ?
J'étais à la Fox quand le film est sorti, et c'est moi qui ai trouvé le titre français. C'est une excellente reconstitution d'époque, mais l'esprit est très différent du mien. C'est un film puritain, imprégné de la notion de péché qui n'existe pas chez moi. Ce qui m'intéresse, ce sont les éléments de déséquilibre des personnages. Berléand comme Magimel sont des excessifs et le film traite des rapports excessifs. Quant au crime lui-même, c'est un geste imbécile qui relève de la schizophrénie. Le plus intéressant est ce que la famille en fait, et comment elle parvient à se débarrasser de l'encombrante héroïne.
Le Figaro, 8 août 2007.
08 juillet 2007
Comment accepter un scénario
J'ai d'abord dit non au scénario de Michel Deville. Et puis je suis partie en Grèce, et, là-bas, j'ai fait un rêve. J'étais dans une ville que je ne connaissais pas, j'entrais dans un immeuble et je frappais à la porte d'un appartement. Quelqu'un m'ouvrait et je me retrouvais dans une pièce gigantesque surmontée d'une coupole de verre d'où tombait une lumière dorée. Au fond, Geraldine Chaplin me souriait d'un air infiniment triste. Or, je ne connaissais pas Géraldine à l'époque, il n'y avait donc aucune raison pour que je rêve d'elle. Je suis rentrée à Paris. A peine avais-je posé ma valise que le téléphone sonnait. C'était mon agent qui m'appelait pour me dire que Michel Deville insistait pour que je joue dans "le Voyage en douce" et qu'il avait pensé à Géraldine Chaplin pour être ma partenaire. Dans ces conditions, je ne pouvais plus qu'accepter. Et, avec Géraldine, la complicité a été immédiate et totale, comme si nous nous étions connues depuis toujours.
Dominique Sanda, Madame Figaro, 7 juillet 2007.
26 juin 2007
L'unique principe de Patrick Besson
J'aime entrer dans un cinéma vide, au début de l'après-midi. Surtout au printemps. Pour l'occasion, on devrait changer l'orthographe d'entrer : antrer. C'est une projection presque privée. Mieux qu'une projection privée, car il y a encore moins de monde. Pour « La liste de Carla », au Racine, on était neuf. Ça m'a rappelé ce jour de 1999 où, à l'UGC Montparnasse, j'ai vu « A mort la mort ! » de Romain Goupil. On était trois et le troisième, c'était moi qui l'avais amené : Anthony Palou. On s'est assis au milieu de la salle, l'autre spectateur - peut-être était-ce une spectatrice, une ex de Romain ? - occupant un siège dans les derniers rangs. Pendant le film, Anthony s'est retourné et a constaté que la personne avait disparu. Il me proposa qu'on s'en aille nous aussi. La fin du film aurait alors été projetée devant une salle déserte. Très « situ ». J'ai refusé. Je ne quitte jamais une salle de cinéma avant la fin d'un film. C'est l'un de mes rares principes. Le seul ?
Patrick Besson, Le Point, 21 juin 2007.