Tchétchènes de télévision
Le plateau télé Tchétchènes de télévision Patrick Besson Si j'ai bien suivi les informations de ces dernières semaines, les forces spéciales russes ont provoqué, à Beslan (Ossétie du Nord), 300 morts et 500 blessés, parmi lesquels un grand nombre d'enfants. Le principal responsable de ce carnage serait, à en croire la plupart des présentateurs et débatteurs s'étant exprimés à ce sujet sur nos chaînes hertziennes et câblées, le président russe Vladimir Poutine. C'est lui qui, de ce fait, subit les critiques les plus virulentes dans nos médias. On exige de sa part des explications circonstanciées. Qu'est-ce qui lui a pris ? Comment en est-il arrivé là ? Se rend-il bien compte de ce qu'il a fait ? Bizarrement, dans ce grand déballage, on constate l'absence de ce qu'il faut bien appeler des intervenants décisifs : les terroristes tchétchènes. Ce sont quand même eux - et non Vladimir Poutine, retenu à Moscou - qui ont pénétré dans l'école de Beslan, où ils avaient, au préalable, caché une grande quantité d'armes et d'explosifs. Ce sont ces mêmes Tchétchènes qui ont, pendant quarante-huit heures, maltraité, torturé, humilié, assoiffé et affamé un millier d'hommes, de femmes et d'enfants. Ils les ont ensuite, pendant l'attaque du FSB, mitraillés à bout portant. Il est par conséquent incompréhensible que les Tchétchènes en question soient absents du grand procès que l'on fait actuellement aux responsables de ce carnage. Sur les différentes chaînes de télé et de radios, on aurait même tendance à les plaindre, à les considérer comme des victimes. C'est à peine si l'on murmure contre la sauvagerie de leur conduite, si l'on souligne - ne fût-ce que d'un trait léger - l'horreur de leur crime. Ils jouissent au sein de notre communauté médiatique d'un préjugé favorable que la tragédie de Beslan ne semble pas avoir entamé et que j'ai, pour ma part, beaucoup de mal à m'expliquer. Ces enfants nus courant hors de l'école après avoir assisté à l'exécution de leurs copains, de leurs parents, de leurs professeurs. Après avoir été, pendant deux jours et deux nuits, seulement autorisés à boire leur urine...
[18 septembre 2004] Le Figaro Magazine