Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Propos insignifiants
Newsletter
Derniers commentaires
Archives
Visiteurs
Depuis la création 196 758
9 novembre 2004

L'Evangile de Jimmy

L'Evangile de Jimmy
de Didier Van Cauwelaert

PAR BERNARD MORLINO
[04 novembre 2004]


L'Evangile de Jimmy, de Didier Van Cauwelaert, Albin Michel, 422 p., 22 €. 

Le Figaro littéraire

Après un récent roman qui avait pour protagonistes une vedette de cinéma X et une ancienne gloire du football, le romancier titulaire du prix Goncourt 1994 raconte l'histoire d'un clone du Christ, ni plus ni moins.

Pour rendre plausible le scénario, il situe la scène d'ouverture dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche au moment où George W. Bush succède au souriant Bill Clinton. Alors que l'on aurait pu s'attendre à une scène d'anthologie pour la passation de pouvoir entre un cow-boy, jurant d'avoir remplacé l'alcool par la religion, et un joueur de saxophone trop sensuel pour ses électeurs puritains, nous subissons une pesante réunion de conseillers en tout genre qui mettent au parfum le nouvel homme fort des Etats-Unis. A savoir que les scientifiques du pays ont réussi à créer la réplique du Messie grâce à des prélèvements sur le Linceul de Turin. Pourquoi pas ? L'hypothèse n'est pas fantasque puisque Didier Van Cauwelaert précise qu'en 1998 un microbiologiste du Texas signala à Jean-Paul II qu'il avait effectué «le clonage de trois gènes du sang du Christ».

Sans faire de miracle, il parvient à maintenir l'attention du lecteur sur plus de quatre cents pages usant de phrases courtes. Mais le style télégraphique à la Manard requiert de la profondeur d'âme. On a beau faire, et faire reluire, le skaï n'arrive pas à passer pour du cuir. Certes, il y a des rebondissements et même des coups de théâtre. Quoi demander de plus ? Ainsi, suite à un incendie d'un centre de recherche, le clone sacré se volatilise. Aussitôt, tout est mis en oeuvre pour le retrouver, même si l'on peut en reproduire autant qu'on le souhaite.

Le retour du héros survient page 51 au sein d'un laboratoire d'analyses médicales, qui décèle l'ADN du demi-dieu mordu par un chien lors de son travail d'apprenti terrassier chez un installateur de piscines. Dans la peau du simple mortel, il est conduit à l'hôpital afin de soigner sa morsure juste au moment où il souffre en plus d'un chagrin d'amour. Au préalable, nous faisons connaissance avec le blessé au moment où il devient le narrateur du roman, soit au chapitre 2. Que se passe-t-il si l'on vous annonce que vous devez la vie au Saint Suaire alors que vous êtes athée ? Cela pourrait être un sujet du bac.

Doté de dons surnaturels, le clone du Christ devient l'otage des puissants de ce monde qui l'ont fabriqué à dessein politique. Baptisé Jimmy Wood, il refait surface quand on s'y attend le moins, ce qui trouble le lecteur qui ne sait plus à quel narrateur se vouer tant ils se succèdent sans crier gare. «Jésus-Clone» ne pourra de toute façon être homologué qu'à la condition de recevoir l'assentiment du Vatican, sinon «il ne vaut pas un clou». (Quelle délicatesse à l'égard du crucifié !). Cela ne l'empêche pas d'essayer de soigner un érable afin qu'il ne soit pas condamné à la tronçonneuse.

Au terme de ce roman, on croit comprendre que M. Van Cauwelaert a construit son intrigue autour d'un Américain moyen que l'on cherche à convaincre qu'il a les possibilités d'être un dieu. Serait-ce une réminiscence inconsciente de la prophétie de Malraux : «Le XXIe siècle sera religieux ou il ne sera pas» ? A propos d'aphorisme, il n'y en a pas dans l'ouvrage qui appartient à l'unique domaine de la description. L'ambition de l'auteur est peut-être de nous dire que l'Église réfute la science dans son propre intérêt. Elle veut rester dans l'inconnu pour conserver le mystère.

La question de la communication avec l'au-delà titille l'auteur au point de préfacer La Vie de l'autre côté (Presses du Châtelet) de Michèle Decker, l'air de croire dur comme fer aux «forces invisibles» qui lui parlent. Attentif à cette mère de famille rappelant à la fois l'aventure de Jeanne d'Arc, les séances de sommeil hypnotique de Robert Desnos et les élucubrations des pires négociants de la voyance, l'auteur semble, ici, être au roman ce que Richard Clayderman est à la musique. Et c'est un compliment.

Commentaires
Propos insignifiants
  • Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains, avec parfois quelques détours. Pas d'exhaustivité, pas d'ordre, pas de régularité, une sorte de collage aussi. Les mots ne sont les miens, je les collectionne.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog