Reprise des négociations
Par François Delétraz
[22 octobre 2005] Le Figaro Magazine
Il parle, il chante, il mange comme il est : nature, bien dans ses baskets de mec normal qui n'en rajoute que «pour se marrer». Fort de ses succès, Bénabar sort un quatrième album dans la droite ligne des précédents : Reprise des négociations, des histoires de vie joliment patinées et aux textes malins. Etonnant de voir ce touche-à-tout, de son vrai nom Bruno Nicolini, qui voulait être clown mais a été apprenti photographe et assistant régisseur, devenir l'un des piliers de la chanson française. Injustice pour les confrères qui rament ? «J'ai fait énormément de concerts, corrige-t-il, sans pourtant vraiment galérer.» S'il vit de la musique depuis dix ans, il est un bon exemple du modèle économique qui prévaut depuis peu dans ce domaine : une carrière se commence maintenant par le concert, et non plus par le disque. Il n'a jamais envoyé de maquette à une maison de disques et n'a été «signé» qu'après un concert auquel a assisté le patron de son label, Jive. Sa vie de patachon aurait dû faire de lui un séducteur très «rive gauche», le voici qui propose au contraire «une chanson hétéro assez rangée, plutôt urbaine, raisonnablement insolente, avec des préoccupations traditionnelles». Il avoue aimer ses parents et respecter les anciens. Dans ce disque, il réussit à donner dans la délicatesse sans pour autant sombrer dans la sophistication, laquelle n'est «pas son truc, alors que la délicatesse, celle des sentiments et de la manière dont on les aborde, est essentielle». Il insiste souvent sur les dangers du succès, car il veut «conserver de la pudeur, se garder du racolage, s'interdire les chansons d'amour frontales soi-disant émouvantes, éviter les clichés faciles et les angles évidents». Bref, mettre la barre plus haut que la moyenne, en se méfiant des habitudes, dans les textes comme dans la musique. Peut-être est-ce la peur du ronronnement qui l'obsède, d'autant qu'il travaille avec les mêmes potes depuis toujours. Mais il a besoin de cette ambiance «bande de garçons avec des blagues idiotes qui ne font rire que nous». C'est son côté potache, même s'il a passé l'âge. Quant au chanteur sex-symbol, «c'est raté ! Question de physique...», ajoute-t-il. Son énorme succès vient sans doute de ce que le public a besoin d'entendre de la chanson française de qualité, bien écrite, décomplexée, sincère sans être nombriliste. Visiblement heureux de plaire à toutes les générations, il goûte «le plaisir de parler à un adulte comme à un môme». Ce chanteur qui s'avoue une existence de «petit-bourgeois, intrépide mais sans extravagances», a des choses à raconter. Et sait ne pas s'enfermer dans le monde clos du show-biz.
Bénabar Reprise des négociatons Jive/Epic.