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19 novembre 2006

S'intéresser aux canards parce qu'on aime le fois gras

Vous êtes-vous reconnu dans les différents portraits de vous parus dans la presse ?

Pas du tout ! On a parfois raconté n'importe quoi. J'ai été sidéré par la capacité d'invention des journalistes français. J'ai découvert plein de choses sur moi. J'aurais ainsi survécu à un massacre en Tchétchénie. Etonnant. Il suffisait pourtant de taper mon nom sur Google et lire les articles du New York Times qui faisaient état d'un incident - qui n'a rien à voir avec un massacre - que j'avais eu en Tchétchénie. Revu par la presse française, on avait l'impression que je me trouvais sous des cadavres ensanglantés avant de sortir en rampant de la fosse ! Le fact checking, le fait de vérifier des informations de base, me semble peu répandu en France. Je parle pourtant de choses simples : j'aurais travaillé en Chine, je serais marié, ma mère serait française, j'habite la Belgique et je parle allemand. Tout cela est inexact.

Je n'ai pas eu envie de me prêter au jeu du portrait car je n'aime pas ça. J'apprécie particulièrement cette phrase de Margaret Atwood : "S'intéresser à un écrivain parce qu'on aime son livre, c'est comme s'intéresser aux canards parce qu'on aime le foie gras."

Jonathan Littell, Le Monde, 16/11/06.

Commentaires
B
Mais, est-ce la "bonne" façon de s'intéresser au canards, aux auteurs? Surtout, l'étude de la poésie, du foie de canard ou d'oie, doit-elle être subordonnée, même fugitivement, aux conditions d'effectuation d'exploits si dissemblables, un livre, un pâté? C'est un peu comme si la critique des émissions-radio ou TV était ramenée à l'étude des variations du champ hertzien. Si je m'intéresse vraiment au canard Alfred, je le traite en ami, en frère, je ne l'espère pas dans mon assiette; je n'ai pas besoin de me répandre en chansons sur sa comestibilité. Si j'aime un humain qui écrive, peu m'importe de le lire. Sa personnalité me suffit. Le goût de la littérature n'a rien à faire avec l'amour de l'humanité. Réciproquement.
J
Mais, précisément, je trouve que c'est très bien de s'intéresser aux canards quand on aime le foie gras. C'est justement ce qu'il faut faire. Cela s'appelle : dépasser son estomac, aller plus loin. Je m'inscris donc en faux contre le dernier paragraphe (et je précise qu'il existe aussi du foie gras d'oie.)<br /> <br /> Cela dit, je suis d'accord avec ce qui est dit auparavant, bien sûr.
Propos insignifiants
  • Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains, avec parfois quelques détours. Pas d'exhaustivité, pas d'ordre, pas de régularité, une sorte de collage aussi. Les mots ne sont les miens, je les collectionne.
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