Je crois parce que je crois

Vous abordez aussi ces thèmes en romancier. Dans « Samedi » (publié chez Gallimard), n’était-il pas question du déterminisme génétique, de la diversité des possibles ?
En effet, c’est mon intérêt pour la science, l’aléatoire du destin, la génétique, qui m’a conduit à interroger la religion. Comme beaucoup d’autres, le 11 septembre 2001 m’a fait réfléchir à l’étrange couple foi et vertu : en quoi sont-elles indissociables ? Est-ce que nous ne nous leurrons pas en les accouplant ? Je pense que la foi est une perversion mentale ! Un truisme : je crois parce que je crois. Et alors ? Où sont les preuves de l’existence de Dieu ? Il n’y a pas de vertu systématique dans la notion de foi, même la plus pure, la plus limpide. La foi nous prépare à croire à n’importe quoi, n’importe comment. Je suis guidé par mon scepticisme et mon intuition. Comment ne pas être soucieux quand on voit l’islam radical imposer sa marque jusque dans les affaires privées en Angleterre, au nom de la liberté d’opinion ? Alors, même si mon imaginaire reste à gauche, il y a des moments où je me rapproche d’un autre camp, plus conservateur. La gauche ne doit pas se commettre avec les ennemis de la liberté, les fanatiques de tout poil et la sphère de l’irrationnel. Je sais bien que le besoin de croire est si profondément ancré dans le coeur humain qu’on ne peut concevoir de l’en arracher ; mais nous dicter quels livres nous devons lire, quelles émissions de télévision nous pouvons regarder, enfin réfléchir comme des adultes ramenés à l’état d’enfance, laisser la religion envahir la vie privée, cette situation infantile, je la refuse de toute mon âme.
Le Point, 4 septembre 2008.