Houellebecq pointe les dérives et les monstruosités de la modernité
Et voilà pourtant l'écrivain qui attire, sur sa personne comme sur ses textes, la plus violente explosion de critique et de haine dont la vie littéraire française soit capable. L'homme aux procès retentissants, celui que les jurés Goncourt n'ont touché que du bout des doigts, de peur de se salir les mains. Celui dont les changements d'éditeur font parler presque autant que ceux d'un joueur du Real Madrid, dont chaque livre est guetté comme l'arrivée d'un cyclone et dont les rares apparitions sont passées aux rayons X, en France comme ailleurs. L'écrivain qui, suscitant l'enthousiasme ou le dégoût, électrise périodiquement la scène plutôt morne du débat d'idées, dans l'Hexagone.
Comment ? Par une stratégie romanesque de neutralité qui confine à la violence. Un ton glacé, une froideur de jugement déroutante, un manque d'affect que ne lui pardonnent pas ses adversaires. Sans paraître s'en émouvoir, mais avec une intense vitalité, Houellebecq pointe les dérives et les monstruosités de la modernité, faisant surgir une grande étrangeté sous le quotidien trivial de la société de consommation.
Le Monde, 3 septembre 2010.