Je préfère le finir lui plutôt qu’en finir moi
Je me devais de mettre fin à ce cycle, sinon j’aurais pu mourir et Zuckerman aurait toujours été présent. Je préfère le finir lui plutôt qu’en finir moi. Je voulais aussi qu’il meure avant moi, pour ne plus être tenté de l’utiliser dans mes romans. Exit le fantôme est un livre triste, sur la douleur de la perte, comme celle de la mémoire, la douleur de ne vivre qu’à moitié. Et c’est exactement cela que je voulais écrire car c’était la meilleure façon pour moi d’en finir avec Nathan Zuckerman. Depuis, les livres que j’ai écrits sont différents : Everyman en 2007 (Un homme), Indignation l’année dernière, The Humbling qui sort maintenant aux Etats- Unis, et Nemesis qui paraîtra en janvier 2010 en Amérique, sont un cycle de quatre romans courts. Je voulais voir si je pouvais écrire des livres d’environ 200 pages comme Le Joueur de Dostoïevski ou L’Eternel Mari de Tolstoï. Cette forme est très excitante pour moi. Voilà pourquoi je devais me libérer de Nathan Zuckerman : est-ce que j’étais capable de voir d’autres personnages dans d’autres circonstances ?
Philipp Roth, dans les Inrockuptibles, 5/10/2009