Anorexique, sale, mutique

Dans The Social Network, le précédent long-métrage du cinéaste, cette brune aux yeux bleus apparaissait déjà brièvement : « Je n’avais qu’une scène, dit-elle, mais elle a marqué les spectateurs, puisque c’est celle où j’explique à Mark Zuckerberg, le héros, créateur de Facebook, qu’il se conduit comme un crétin avec les filles ! » Une longue séquence d’une vingtaine de minutes où l’implacable Rooney Mara assène au génie du codage qu’il ne sera jamais apte à aimer : « Comment aurais-je pu deviner que ces quelques répliques me permettraient de nouer des liens avec David Fincher, dont j’admire éperdument le travail ? » Précisions d’ailleurs que la prise fut refaite vingt-quatre fois, ce qui ne laissait guère présager la suite de sa carrière.
David Fincher fait pourtant plus que la repérer. Et lorsqu’il se met à chercher sa Lisbeth, les centaines de candidates auditionnées dans tous les pays, de la Nouvelle-Zélande à la Suisse, ne trouvent jamais grâce à ses yeux. Il recale Scarlett Johansson, Emily Browning, Carey Mulligan et Léa Seydoux, qui s’essaient toutes à une scène cruciale du roman : celle où Lisbeth Salander se venge du tuteur qui a autrefois abusé d’elle. Motif : d’une part, leur glamour nuit à la crédibilité du personnage, une asociale dans une société suédoise très fermée, que Stieg Larsson décrit comme « anorexique, sale, mutique » et, d’autre part, choisir une actrice connue aurait desservi le personnage.
Elizabeth Gouslan, Madame Figaro, 15 janvier 2012.
http://madame.lefigaro.fr/celebrites/rooney-mara-millenium-girl-150112-207893