Les passeurs
Ils ont franchi les frontières pour donner à voir l'URSS : retour sur les traces de Brice Parain et d'André Gide
LES PASSEURS
Gide-Schiffrin : enfin !
Par Annick GEILLE
[17 mars 2005]
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Le Figaro littéraire
Comment une telle somme de documents inédits avait-elle pu échapper si longtemps aux amateurs de littérature ? La question se pose lorsqu'on a terminé la lecture de la Correspondance André Gide-Jacques Schiffrin, 1922-1950 publiée chez Gallimard le 7 avril prochain. Deux cent quarante lettres, échangées sur près de trente ans, entre l'éditeur d'origine russe Jacques Schiffrin, fondateur de la «Bibliothèque reliée de la Pléiade» en 1923, et André Gide, créateur de la NRF, prix Nobel de littérature !
Parfois assez techniques, mais d'autant plus passionnantes, ces lettres révèlent d'abord la pérennité du lien qui exista entre Jacques Schiffrin et André Gide. Amitié qui, ne se payant pas seulement de mots, sut passer à l'action dans les moments difficiles que vécut chacun des protagonistes ; amitié qui dura jusqu'à la mort de Jacques Schiffrin, exilé en Amérique pour échapper au «statut des juifs» et fuir les nazis.
Cette correspondance est aussi la peinture d'une époque littéraire révolue. Nous mesurons «l'incroyable somme de temps et d'efforts» que Gide et Schiffrin consacraient au manuscrit en cours, lorsque l'oeuvre comptait plus que sa rentabilité. Nous apprenons pourquoi les chroniques qu'écrivit André Gide pour Le Figaro littéraire entre novembre 1941 et avril 1942 devinrent le premier livre publié en Amérique par Jacques Schiffrin. Enfin, au-delà de tout ce que cette correspondance apporte sur la connaissance de l'oeuvre de Gide, et des conditions d'émergence du «Journal», elle révèle la force d'un axe russe très fort, qui s'imposa en France grâce à Gide et Schiffrin, grands «passeurs» de littérature russe.
L'extrait que nous publions ci-contre appartient à l'Histoire. Après son voyage en Union soviétique de juin 1936, André Gide va publier Retour de l'URSS, pour marquer son revirement à l'égard du régime soviétique. Premier lecteur du manuscrit, Jacques Schiffrin pressent les conséquences que risque d'avoir, en pleine guerre d'Espagne, le revirement gidien......