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26 juillet 2005

Rencontre, par procuration, avec Gabriel Matzneff

Extrait du journal de Raphaël Juldée (23 juillet 2005) :

(...) C’est parti : durant quelques heures, les librairies de Paris sont à moi. J’écume Gibert Joseph et, si j’en ressors avec six ou sept livres, j’ai la satisfaction de ne pas avoir fait de trop grandes dépenses, me contentant d’éditions de poche et d’occasions. Principalement des livres de Matzneff et d’Albert Londres, et surtout un ouvrage de Verlaine que je ne connaissais pas : Cellulairement, un recueil de ses poèmes écrits dans les prisons belges entre 1873 et 1875 ! Décidément, je ne sors pas de mes écrivains taulards ! Vers une heure, je me pose sur un banc de Cluny pour manger le hot-dog que je viens d’acheter rue de la Harpe. Puis je reprends ma promenade bibliophilique. J’achète un carnet de moleskine, sachant qu’il pourra toujours me servir, puis j’emprunte le boulevard Saint-Germain et traîne à la librairie Gallimard. Je suis très tenté mais n’achète rien. Je m’accorde une nouvelle pause à la terrasse du Rive Gauche, alors que le ciel se couvre un peu. À la table d’à côté, un couple. L’homme commande un café noisette, la femme cherche une « bonne table » dans le quartier en s’aidant du Guide du Routard. Je paye mon jus d’orange et m’en vais.
Je rejoins la place Saint-Sulpice où j’ai rendez-vous à seize heures avec Pierre Cormary et J. Pierre arrive le premier. Pas plus que moi, il ne serait surpris de voir J surgir avec son « sulfureux amant ». C’est un peu pour cette raison d’ailleurs que j’ai acheté plusieurs livres de Matzneff, dont Le Carnet arabe, que Pierre a justement sur lui. J ne venant pas, nous faisons un tour à L’Âge d’Homme, où Pierre cherche et trouve les Plaisirs de la littérature de John Cowper Powys qu’il renonce à acheter et où je bave devant les douze tomes du Journal d’Amiel, puis, quelques gouttes de pluie venant à tomber, nous nous installons au Café de la Mairie. Nous causons du Stalker et de Nabe, de mon journal aussi.
Vers dix-sept heures, arrivée de J… avec Gabriel Matzneff. Pierre et moi plongeons vers nos sacs respectifs pour en sortir nos exemplaires du Carnet arabe. Nous manquons complètement de naturel, mais ça amuse beaucoup Petit Chou. J est très fière de nous avoir organisé cette rencontre avec son beau jeune grantécrivain. Elle me lance de grands regards appuyés : peut-être a-t-elle peur que je ne sache pas me tenir, ou que j’appelle Matzneff du nom qu’elle lui donne en privé… Pierre évoque avec lui le collectif Jalons, et l’un des frères Tellène, le moins connu, Éric, le poète qui signe Raoul Rabut, et que Matzneff a bien connu à l’époque de Combat, dans les années 70. Apprenant que j’habite en Mayenne, il me parle d’un juge de ses connaissances, qui vivait, ou vit encore, à Laval. N’ayant encore jamais eu affaire à la justice, son nom ne me dit rien… Pierre verrait bien Ségolène Royale à la tête du pays aux prochaines élections, et Hollande premier Ministre. Matzneff : « Oh, non ! Je demande l’asile politique à la Suisse ! » Il pense aussi que le couple Hollande au gouvernement pourrait donner à la France l’occasion de retrouver de « beaux assassinats », et nous nous mettons à causer anarchie et grand banditisme. Ce thème étant ma tasse de thé, je démarre au quart de tour. J’évoque Spaggiari, Matzneff s’enflamme : le casse de Nice, voilà du grand art ! Il ne comprend pas ce qui pousse certains malfaiteurs, après avoir couru d’énormes risques pour s’évader, à retourner tout bêtement chez eux, où les flics n’ont qu’à les cueillir. Il a une vision très romanesque de la cavale. J’évoque, dans Élie et Phaéton, que je suis en train de lire, le jour où il s’aperçoit en rentrant chez lui qu’il a été cambriolé, et où il comprend que ce qui lui a été dérobé n’était que le superflu, et qu’il doit apprendre le détachement. Il était justement en train d’expliquer qu’avec le peu qu’il possède, il peut partir en voyage en emportant tous ses biens. Il se souvient également des anciennes Halles parisiennes, d’un film avec Gabin qui se déroule à cet endroit. « Ah ! C’était quelque chose, n’est-ce pas ! » Nous parlons de ses journaux intimes. Il m’explique pour quelle raison il ne les a pas publiés dans l’ordre chronologique. Ce n’était pas volontaire, juste une histoire de contraintes éditoriales. Il dit qu’il a mal supporté, pour les trois derniers tomes publiés, d’avoir dû se résoudre à supprimer certains passages, notamment à cause d’anciennes maîtresses. « Pourtant, remarque Pierre, il vous est arrivé de changer certains prénoms… » Et Matzneff : « Oui, imaginez que dans un an, J épouse un polytechnicien très jaloux, et que je veuille publier mon journal de 2005 : elle me demandera peut-être d’écrire Gertrude à la place de son prénom ! » Et J, les yeux brillants : « Non, Gabriel ! Pas un polytechnicien ! On a dit un milliardaire belge homosexuel ! » Pierre ajoute qu’Amélie Nothomb pourrait peut-être l’aider à en dénicher un. Ayant un train à 18 h 05, je dois bientôt m’en aller. Matzneff laisse une dédicace sur mon Carnet arabe, et je me sauve. (...)

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  • Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains, avec parfois quelques détours. Pas d'exhaustivité, pas d'ordre, pas de régularité, une sorte de collage aussi. Les mots ne sont les miens, je les collectionne.
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