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Propos insignifiants
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1 janvier 2008

Julien Gracq par François Nourissier

Julien Gracq un style français

Grand Gracq, nous voici. Quelle chance a eu Julien Gracq de bénéficier, lui, le pur solitaire, d'une formule toute faite, théâtrale, qui m'a toujours paru encombrante pour lui.

Il y eut, dans l'éternelle bataille pour mettre les gens dans les listes de prix Nobel et Goncourt, deux mirobolants : Poirier et Léger, également mystérieux. L'un, Poirier, qui deviendrait Gracq, avait choisi l'attitude frêle, presque effacée d'un petit professeur d'histoire-géo. L'autre, Saint-John Perse, le grand genre diplomatique.

Quelle allure chez ce discret M. Poirier. Il ne payait pas de mine. À Saint-Florent-le-Vieil - a-t-on commis une erreur de décor ? -, on se rendait rue du Grenier-à-Sel, dans le pavillon qui avait glissé d'une campagne encore verte à une banlieue déjà caillouteuse. On lui rendait visite. On a reproché à Gracq d'avoir bénéficié rapidement du statut de « grand écrivain » qu'on visitait. Et pourtant, désignez-en d'autres, s'il y en a.

Car, dans une oeuvre peu abondante et peu ouverte au lecteur, on distingue Un balcon en forêt, admirable livre sur la guerre. Oui, s'il me fallait aujourd'hui créer une rubrique où le classer, il est l'homme qui a le mieux parlé de nos guerres françaises. Celui qui décrit ces soldats bleus parfois éclaboussés par la boue, ces permissionnaires dans les gares et les roulements d'artillerie au loin. La guerre est triste, la nuit, tout change. Un soldat, seul, guette au bout de la route forestière où doit surgir l'ennemi. En cette nuit, une femme a dormi, une femme a donné de l'amour, une femme est partie. Aucun autre récit de guerre ne m'a fait l'effet du Balcon de Gracq. À mon estime, rien de Genevoix, Montherlant, Drieu ne l'approche. Aucune querelle ne vaut que ces pages soient oubliées.

Gracq est mort à 97 ans. On ne peut pas le laisser glisser dans la nuit sans un signe.

François Nourissier, le Figaro, 24 décembre 2007.

Commentaires
Propos insignifiants
  • Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains, avec parfois quelques détours. Pas d'exhaustivité, pas d'ordre, pas de régularité, une sorte de collage aussi. Les mots ne sont les miens, je les collectionne.
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