Une journée particulière

Le 9 octobre 2008 aurait pu être une journée comme les autres pour les Éditions Gallimard.
Personne, rue Sébastien-Bottin, n'avait vraiment anticipé la consécration de J.M.G. Le Clézio, ni prévu la foule de journalistes qui se sont pressés dans le hall d'entrée pour recueillir quelques mots du lauréat.
À 15 h 50, une conférence de presse est improvisée dans un salon aux murs ocre jaune que d'aucuns jugent trop exigu pour la circonstance. L'excitation est à son comble. On cherche l'écrivain. On croit le voir partout.
Enfin, J.M.G. Le Clézio arrive, sobre et élégant, dans un costume bleu marine. C'est presque un miracle qu'il soit à Paris ces jours-ci. Il y fait une courte escale entre son retour de Corée et son départ pour le Canada dans une semaine.
Devant l'assistance, il est plutôt intimidé et se balance d'une jambe sur l'autre avant de trouver une contenance. Lui, si photogénique, il est désarçonné par les flashs. «J'ai quelques difficultés avec le bruit des appareils photo, mais la photo, elle, ne me dérange pas », une phrase magique avec laquelle il met son auditoire dans sa poche.
Il est ému bien sûr. «C'est une nouvelle frappante et je ne m'y étais pas préparé. J'ai accueilli le prix avec incrédulité et joie.» Quant à la somme astronomique qui lui sera versée en décembre prochain à Stockholm (1,2 million d'euros), elle lui permettra de rembourser quelques dettes qu'il évoque avec le sourire.
Sa voix est claire, bien posée, ses propos solides. Le lauréat Le Clézio a déjà un message à faire passer : «Il faut continuer à lire des romans, c'est le meilleur moyen d'interroger le monde actuel, sans avoir des réponses qui soient trop schématiques.»
Selon lui, le rôle du romancier est de questionner : «Le romancier n'est pas un philosophe, ce n'est pas un technicien du langage, c'est quelqu'un qui écrit, qui se pose des questions», dit-il. Faut-il être engagé pour être couronné par le Nobel ? «Il faudrait déjà connaître la définition exacte de ce mot, “engagé”. Je suis indigné par beaucoup de choses, les injustices, la violence» , déclare-t-il.
Modeste, il doute de mériter les éloges de l'académie Nobel, mais est ravi de succéder à Claude Simon dans le palmarès des lauréats français : «C'est un écrivain merveilleux, et une très bonne compagnie.»
Le Figaro.fr, 9 octobre 2008