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Propos insignifiants
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6 mars 2011

De belles illustrations hors texte

Aupr_s_de_moi_toujours_keira_knightley_carey_mulligan_et_andrew

Il vaut sans doute mieux ne pas avoir lu le roman de Kazuo Ishiguro (Auprès de moi toujours, Folio) dont est tiré ce film pour en déceler les mérites. Trop tard, le livre était lu, et Never Let Me Go est apparu dans toute son imperfection.

Kathy (Carey Mulligan), Ruth (Keira Knightley) et Tommy (Andrew Garfield) sont les héros d'une de ces dystopies britanniques qui glacent le sang. Cette Angleterre-là ressemble comme une sœur jumelle à celle de Margaret Thatcher (l'histoire se passe à la fin du siècle dernier) à ceci près que la médecine a pris un autre tour.

La révélation progressive du statut des personnages est bien plus brutale dans le film de Mark Romanek que dans le récit d'Ishiguro. On le devinera ou pas. Ces êtres grâcieux (et Dieu sait que ces acteurs le sont) ne sont pas tout à fait des humains. Ils mènent une existence dont le sens et les limites sont clairement définis, à laquelle manque même l'illusion de la liberté.

Dans cette histoire qui commence dans un pensionnat et se finit dans des chambres d'hôpital, on aurait pu placer des symboles qui auraient exposé les considérations philosophiques et politiques passionnantes que soulève Auprès de toi toujours.

Le romancier a pris le soin de former des personnages complexes. Kathy, animée d'un instinct maternel qu'elle sait sans objet ; Ruth, qui croit que son pouvoir de séduction peut altérer le destin et Tommy, le garçon qui a compris qu'il ne servirait à rien de devenir un homme.

Les choix de la directrice de la distribution, Kate Dowd, sont irréfutables. Carey Mulligan et Andrew Garfield, en particulier, sont admirables de puissance retenue.

Pourtant Never Let Me Go ne parvient jamais à l'intensité qui devrait parcourir cette histoire. Peu confiant dans l'intelligence de ses spectateurs, le scénariste Alex Garland (également romancier, il a écrit La Plage) dit en toutes lettres tout ce que suggérait Kazuo Ishiguro, et cette lourdeur se communique à la mise en scène illustrative.

On ne voit d'autre utilité à Never Let Me Go, le film, que d'y prélever quelques images qui feraient de belles illustrations hors texte à une édition reliée d'Auprès de moi toujours, le livre.

Le Monde, 1 mars 2011.

Never_let_me_go

 

Commentaires
Propos insignifiants
  • Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains, avec parfois quelques détours. Pas d'exhaustivité, pas d'ordre, pas de régularité, une sorte de collage aussi. Les mots ne sont les miens, je les collectionne.
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