25 juin 2009
Ces moments révélateurs où bifurque le cours d'une vie
Dans ce roman dérangeant, magistralement rythmé par l'alternance des points de vue et la présence obsédante de la nature, Ian McEwan excelle une nouvelle fois à distiller l'ambiguïté, et à isoler ces moments révélateurs où bifurque le cours d'une vie.
Extrait du quatrième de couverture, Sur la plage de Chesil.
17 juin 2009
Verve
Si Bloy est le contempteur quasi officiel du bourgeois, c'est Flaubert qui le qualifie. "J'appelle bourgeois quiconque pense bassement."
La verve n'implique pas la justesse du jugement, elle peut aussi être au service de la mauvaise foi, de la rancoeur, elle peut glisser au "bon mot" douteux - "Je ris tout seul comme une compagnie de vagins altérés devant un régiment de phallus." (Flaubert) -, à l'excès délirant quand Bloy se fait apôtre du crime en recommandant d'arrêter "le riche (...) avec une faux ou un paquet de mitraille dans le ventre". C'est quand il s'en prend à ses semblables que la verve de l'écrivain se déchaîne. Bourget, Zola, Hugo, Drumont, Maupassant ou Sand déclenchent chez Bloy une espèce d'allégresse dans l'éreintement, cependant que Flaubert, sans toujours les nommer, attaque les prosateurs qui ne savent dire simplement les sentiments et les sensations, qui font de la "Pohésie", qui pensent plus à vendre qu'à créer de belles oeuvres, ceux qu'il appelle "les gens de lettres (...) des putains qui finissent par ne plus jouir".
Pour nous ravir ou nous heurter, ces perles sont éparses dans l'oeuvre et, surtout pour Flaubert, dans la correspondance, où l'on peut plus facilement user d'un vocabulaire dont certains termes peuvent être réduits à une première lettre suivie de points de suspension. Aller de l'un à l'autre de ces textes choisis par François Caradec pour Flaubert et Hubert Juin pour Bloy, c'est retrouver leur esprit, leur talent, parfois, apercevoir d'eux un aspect que l'on n'attendait pas, toujours s'offrir un moment de lecture dans la jubilation.
Le monde, 13 juin 2009.
Gustave Flaubert en verve
Textes choisis par François Caradec
Horay,
Léon Bloy en verve
Textes choisis par Hubert Juin
Horay,
16 juin 2009
Passeur des lettres

Pol Vandromme, passeur des lettres
L'écrivain et critique belge s'est éteint le 28 mai à l'âge de 82 ans. Il laisse une œuvre abondante qui ne cessa de célébrer les irréguliers de la littérature.
Christian Authier (Le Figaro, 4 juin 2009)
Né à Charleroi en 1927, Pol Vandromme s'est vite tourné vers un « journalisme de minorité » qui sera son inconfort mais aussi sa sauvegarde. Il préférera toujours le drapeau noir des copains d'abord aux laissez-passer du conformisme. Vandromme va devenir écrivain dans le sillage des hussards. C'est d'ailleurs à ces derniers et à leurs maîtres qu'il consacre ses premiers livres, essais racés défrichant le paysage d'une littérature qui privilégie le style aux idées. « On n'a pas une passion pour la littérature si l'on n'en a pas une pour les écrivains », écrivait-il dans Bivouacs d'un hussard, livre de souvenirs paru en 2002.
Toute l'œuvre de celui qui se définissait comme un « citoyen de littérature française » ne cessera d'explorer cette passion avec un enthousiasme sans cesse renouvelé. « On quittait la république de Sartre et de Camus pour la monarchie de Fargue et de Larbaud. Kléber Haedens accueillait sur la voie royale Blondin et Vialatte. L'ennui déguerpissait, Toulet revenait en Arles où sont les Alyscamps. C'était le nouveau printemps de la littérature. » Années 1950 : contre le magistère moral d'humanistes staliniens, Vandromme ébauche les frontières sans droits de douane d'une droite littéraire qu'il qualifie joliment de « buissonnière » en clin d'œil à Blondin. Ses chers hussards y tiennent leur place, mais aussi le dandy rouge Roger Vailland ou la jeune Françoise Sagan.
Attentif aux jeunes talents
Il ne quittera que rarement son rôle de passeur des lettres (un seul roman, Un été acide, en 1990), même si Brel, Brassens ou Tintin prennent place dans le panthéon sans cérémonial de cet infatigable intercesseur. Il signera nombre de pastiches, libelles ou pamphlets, tel le jubilatoire Malraux : du farfelu au mirobolant. Ses essais consacrés à Céline, Simenon, Nimier, Déon, Marceau, Mohrt ou Jacques Perret sont des modèles du genre, mais le critique savait aussi rester attentif aux jeunes talents.
Trop pudique pour avancer à découvert, trop généreux pour taire ses admirations, Pol Vandromme a fait des écrivains ses confidents et ses relais : « À la vie jouée du théâtre, ils préfèrent la vie vécue du quotidien ; aux fureurs collectives, la lenteur et la patience d'une éducation séculaire ; aux songes messianiques les mots de passe de leurs rêves sans arrogance. »
07 juin 2009
Perte de temps

Je suis tout sauf déprimée et torturée, je trouve que c'est une perte de temps.
Mélanie Laurent, Libération Next, 6 juin 2009.
07 mai 2009
C'est une histoire où la souffrance et la survie sont très liées.
Celui d'avant, La Femme du Ve (2007), était un petit polar écrit en vingt semaines dans une sorte de fureur. Mes lecteurs ont été un peu surpris par son côté fantastique. Quitter le monde est un livre sur l'ombre de l'enfance. Sur la façon dont on construit une vie tout en sachant qu'il est impossible d'éviter les déceptions. Comme dit Mick Jagger : “ You Can't Always Get What You Want”. Et puis c'est un livre sur l'ombre du père inaccessible, sur la question de l'autorité. C'est une histoire où la souffrance et la survie sont très liées.
Douglas Kennedy, Le Figaro, 7 mai 2008.
04 mai 2009
Une histoire de sexe dans ses méandres mystérieux

On vient encore de me proposer une comédie aux dialogues osés. Les personnages importants que j'ai joués ont tous un rapport à la provocation. Sans doute les metteurs en scène ont-ils su débusquer en moi et la salope et la godiche...
C'était à un moment de ma vie où j'étais dans un état vertigineux. Je pense que Benoît Jacquot me l'a proposé à cause de ma pâleur, de mon côté flottant, comme la Mia Farrow d'Alice, de Woody Allen. C'était encore une histoire de sexe mais, cette fois, dans ses méandres mystérieux. (à propos de Septième ciel).
Sandrine Kiberlain,Télarama, 28 avril 2009.
26 avril 2009
On croit toujours que les tyrans ne lisent rien
On croit toujours que les tyrans ne lisent rien, qu'ils sont des brutes aussi épaisses que les horreurs dont ils se rendent coupables. C'est oublier que Néron se prenait pour un poète et qu'en mourant, il s'écria : «Quel artiste le monde perd avec moi!» Un journaliste du New York Times, Timothy W. Ryback, a épluché ce qui reste de la biblio thèque d'Hitler. Le Führer connaissait ses classiques ; il mettait Don Quichotte au-dessus de tout et préférait Shakespeare à Goethe, ce qui est une curieuse comparaison. Mais l'obsession britannique d'Hitler est une des clés de son comportement et personne ne devrait oublier que le rêve de sa vie était de s'entendre avec les Anglais. Peu de Français d'ailleurs dans les rayons auscultés par M. Ryback, et même moins que rien si l'on en juge par la présence écrasante de Fichte, créateur du renouveau du nationalisme alle mand et inspirateur du Kulturkampf qui se rebella contre la domination de la culture française sur le reste du monde. Leni Riefenstahl voisine avec des philosophes comme Schopenhauer dont le buste ornait le bureau d'Hitler à la Chancellerie, avant qu'un portrait de Frédéric le Grand ne l'accompagnât dans son bunker ; suivent des brochures antisémites comme celles d'Henry Ford ou de Paul Lagarde, un Français malheureusement.
Stéphane Denis, Le Figaro Magazine, 25 avril 2009.
25 avril 2009
Il a beaucoup tripoté et bisouillé Olivia Ruiz
Le Petit Echiquier
Après« Le Grand Echiquier » de Jacques Chancel, le petit de Christophe Hondelatte :« Tandem ». Deux invités principaux, d'où le nom de l'émission. La semaine dernière, c'étaient Olivia Ruiz et Jean d'Ormesson. Jean n'a pas trop aimé quand Hondelatte l'a qualifié de papillon. Aucun papillon n'a jamais écrit dix mille pages. D'Ormesson préfère qu'on le qualifie de chenille. Il a beaucoup tripoté et bisouillé Olivia Ruiz avant de s'endormir sur son banc. Il y a eu des chanteuses d'opéra et des chanteuses de couleur. On a eu aussi un graffeur et une exposition de poupées. Un grand orchestre. Je savais qu'on avait tort de critiquer Chancel dans les années 70 et 80 : il faisait un métier impossible, qui consiste à insuffler de la vie dans la mort de la culture. De temps en temps, Hondelatte demande à l'académicien ce qu'il pense, et Jean, qui ne pense rien, dit qu'il pense du bien d'Olivia Ruiz, pour simplifier. Elle a chanté quelques chansons, sans enthousiasme excessif.
Sur Paris Première,« Cactus », l'émission de débat animée par une ancienne chroniqueuse de Michel Field. Les pros de la chicane médiatique, de la glose radiophonique, de la protestation télévisuelle : Carlier, Montaigne, Miller. La première phrase de Gérard : «Léautaud n'était pas fréquentable.» Miller tel qu'en lui-même,Paris Première ne le change pas. Tania de Montaigne : «Ça aide d'être antisémite pour être ambassadeur au Vatican.» La langue de bois n'est jamais mieux pratiquée que par les ennemis de la langue de bois. Marc Simoncini a expliqué pourquoi il y avait désormais un carré VIP sur Meetic, le site dont il est le PDG. Carlier a maigri, il semblerait que sa verve aussi. Philippe Tesson avait l'air de s'embêter autant dans« Cactus » que d'Ormesson dans« Tandem ». Ni l'un ni l'autre ne pouvaient changer de chaîne, contrairement à moi.
Patrick Besson, Le Figaro Magazine, 25 avril 2009.
21 avril 2009
J'étais libre dans la vie, camisolé dans l'écriture.
Comment a-t-on pu être amis ? Comment a-t-il pu m'écrire un jour qu'il m'aimait beaucoup plus que nombre de mes amis ? C'est une histoire qui commence en beauté. Un duo euphorique. Un tandem enivré. Ivre des talents polymorphes que l'on nous prêtait. Euphorique de les exercer en se jouant. Pas la moindre trace d'une angoisse devant la feuille blanche. Pas la moindre timidité devant les sujets qui nous étaient les plus étrangers. Je nous revois, fiers, rivaux et complices, à L'Express des temps héroïques. En marge du tragique et des engagements, nous faisions tout et n'importe quoi. Chacun saluant l'exploit de l'autre et se promettant de faire mieux. Il n'était pas encore écrivain. Je savais qu'il le deviendrait. Il avait des mœurs austères et la plume légère. J'étais libre dans la vie, camisolé dans l'écriture.
Jean Daniel, à propos de Jean Cau, Les miens.
20 avril 2009
Je trouve la première phrase assez ignoble
Un résistant de la première heure, sans aucun doute, courageux et intrépide, mais on en connaît d’autres et qui ne l’ont jamais ramenée.
Ne détestant ni le panache, ni la polémique, ni la provocation, cet homme d’engagements aimait s’exprimer par des formules, énoncées le plus souvent avec une solennité et une pompe destinées à faire oublier à quel point elles étaient creuses le plus souvent. Avec cela réactionnaire, conservateur, passéiste comme on n’ose même plus l’être à droite.
Pierre Assouline, à propos de Maurice Druon.
http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/04/15/il-parait-quil-faut-parler-de-maurice-druon/
Une réaction, choisie dans les commentaires sans souci ni d'objectivité, ni de représentativité :
Pour ma part, sans en être un spécialiste, j’ai passé des moments
merveilleux en compagnie des Rois Maudits de Druon, il avait une façon
de cerner les personnages et de ciseler les dialogues qui m’avaient
enchanté.
Je connaissais peu le personnage Druon, mais ce que j’en ai lu ne manquait pas de panache, rarissime denrée ces derniers temps.
Un grand bonhomme. Il paraît qu’en plus, il était réactionnaire,
conservateur, et passéiste. Ça fait beaucoup de qualités impardonnables
aujourd’hui.
Votre chronique, M. Assouline, est basse. On peut la mépriser.
Langelot