Journal d'un Français sous l'emprise de la pensée unique

Un jour de l’été 2002, Franz-Olivier Giesbert m’a demandé d’écrire sur la télévision chaque semaine dans Le Point. Je lui ai dit que j’écrivais déjà sur la télévision pour un autre journal (textes rassemblés dans Le Plateau télé, Fayard, 2010). Franz m’a rappelé quelques jours plus tard et m’a dit que, dans ce cas, je pourrais écrire sur n’importe quoi. C’est ce que j’ai fait.
Patrick Besson, quatrième de couverture.
Vivement le punk en littérature !
La seule qui manque à mon goût : l’ouverture aux femmes!!!!! Deux femmes pour huit hommes. J’aimerais que ça change. Bordel, il y en a un paquet des femmes qui écrivent, et formidablement!
Je ne dirai qu’une chose pour finir. Vive Bérurier Noir! Vive Joe Strummer! Good shave the Queen ! Hommage à la belle petite Amy Winehouse qui a su faire brûler de nouveau la comète!
Vivement le punk en littérature. Pour l’instant, je ne l’ai pas vu, et n’arrive pas moi-même à l’écrire!
Je te bise, te pogote, et lève ma bière à ta santé!
Philippe, 50 balais, trois accords en poche et plus grand poils sur le caillou.
Philippe Claudel, dernières phrases d'un courriel adressé à Michel Vézinat.
http://voir.ca/michel-vezina/2012/01/12/punk-academie-goncourt-suite/
Comme si le silence souffrait d’être brisé
Il y a une tristesse dangereuse dans les premiers bruits produits par le travail de quelqu’un le matin ; c’est comme si le silence souffrait d’être brisé. La première minute d’une journée de travail vous rappelle toutes les autres minutes que composent une journée, et ce n’est jamais une bonne chose de penser à chaque minute séparément. Ce n’est que lorsque d’autres minutes ont rejoint la première, nue et solitaire, que la journée s’intègre plus sûrement dans le quotidien. Patty entendit que cela se produise avant de quitter la salle de bains.
Jonathan Franzen, Freedom.
Anorexique, sale, mutique

Dans The Social Network, le précédent long-métrage du cinéaste, cette brune aux yeux bleus apparaissait déjà brièvement : « Je n’avais qu’une scène, dit-elle, mais elle a marqué les spectateurs, puisque c’est celle où j’explique à Mark Zuckerberg, le héros, créateur de Facebook, qu’il se conduit comme un crétin avec les filles ! » Une longue séquence d’une vingtaine de minutes où l’implacable Rooney Mara assène au génie du codage qu’il ne sera jamais apte à aimer : « Comment aurais-je pu deviner que ces quelques répliques me permettraient de nouer des liens avec David Fincher, dont j’admire éperdument le travail ? » Précisions d’ailleurs que la prise fut refaite vingt-quatre fois, ce qui ne laissait guère présager la suite de sa carrière.
David Fincher fait pourtant plus que la repérer. Et lorsqu’il se met à chercher sa Lisbeth, les centaines de candidates auditionnées dans tous les pays, de la Nouvelle-Zélande à la Suisse, ne trouvent jamais grâce à ses yeux. Il recale Scarlett Johansson, Emily Browning, Carey Mulligan et Léa Seydoux, qui s’essaient toutes à une scène cruciale du roman : celle où Lisbeth Salander se venge du tuteur qui a autrefois abusé d’elle. Motif : d’une part, leur glamour nuit à la crédibilité du personnage, une asociale dans une société suédoise très fermée, que Stieg Larsson décrit comme « anorexique, sale, mutique » et, d’autre part, choisir une actrice connue aurait desservi le personnage.
Elizabeth Gouslan, Madame Figaro, 15 janvier 2012.
http://madame.lefigaro.fr/celebrites/rooney-mara-millenium-girl-150112-207893
Le Goncourt pour Alexi Jenni
Loin des premiers romans souvent nombrilistes, L'Art français de la guerre, au style classique, épique, parfois un peu grandiloquent, est un chant inspiré, baigné de sang et de combats, une méditation sur l'identité nationale et ces vingt ans de guerres coloniales qui marquent encore les esprits aujourd'hui. Le roman, très lisible mais exigeant, a déjà été vendu à plus de 56 000 exemplaires. Il devrait bientôt faire beaucoup mieux : un Goncourt se vend en moyenne à 400 000 exemplaires.
http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/11/02/alexis-jenni-remporte-le-goncourt_1597323_3260.html
Les gens ont lu les bonnes pages dans la presse et estiment avoir tout vu

Ce livre revient sur l'affaire DSK vue par celle qui a porté plainte en France pour tentative de viol. «Personne ne réalise que «l'Affaire», c'est juste une vie qu'on a jetée à la poubelle», écrit la jeune auteure qui ne cite jamais DSK mais lui préfère le sobriquet d'«homme babouin» ou «l'ancien gros». Suffisant pour «faire de la presse» mais pas pour faire des ventes si l'on en croit les libraires interrogés mardi matin par Le Figaro. «Ce genre de livre est typique de l'essai qui intéresse les journalistes et a beaucoup d'articles mais qui ne marche pas bien en librairie, explique l'un d'eux. Les gens ont lu les bonnes pages dans la presse et estiment avoir tout vu».
Le Figaro, 18 octobre 2011.
Une forme d'inconscience qui était totale
Ce «chansons ordinaires» est votre huitième album depuis vos débuts en 1995 avec «Boire». Quand vous avez commencé il y a seize ans, imaginiez-vous aller aussi loin?
Après le premier disque, c'était assez surréaliste. J'ai tout fait pour aller au crash. On s'est retrouvés à jouer à la Cigale et à l'Olympia comme si on jouait dans un bistrot à Brest. Il y a une forme d'inconscience qui était totale. Quand je me retourne sur ces seize ans, je me dis que ce qui est cool, surtout, c'est d'en être sorti vivant. Car il y avait des moments où le processus de mise en danger est allé un peu loin. On ne sait pas où se trouve le frein à main et le mur est en face ! Du coup, je suis super content d'avoir arrêté l'alcool.
Vous êtes donc toujours au sec, comme Robert Wyatt?
Oui, obligé. Jusqu'à la fin de ma vie. Une neurologue du CHU de Brest m'a découvert une maladie génétique chronique, l'ataxie cérébelleuse, une pathologie neuromusculaire liée au système nerveux qui affecte la marche et l'équilibre. Si j'avais continué à boire de l'alcool, je risquais à court ou moyen terme de me retrouver en chaise roulante. Donc j'ai tout arrêté. Je m'en sors super bien. Je ne suis pas passé loin du peloton d'exécution. Mais attention, hein, je ne joue surtout pas à l'alcoolo repenti!!! Je trouve cette attitude horrible, pathétique! D'ailleurs, j'ai toujours la même méfiance envers les buveurs d'eau ! (il rit)
Christophe Miossec, Libération Next, 19/9/2011
La crise des subprimes vue de la Renaissance
La crise des subprimes vue de la Renaissance
Avec Botticelli et quelques autres génies du quattrocento, Florence se penche sur ce qui a fait sa grandeur et causé son déclin.
Lors du quasi-effondrement du système bancaire en 2008, le monde a pris conscience du danger des subprimes. Pourtant les instruments financiers à risque ne datent pas d'hier et ce type de krach est connu. Dans son nouvel essai, qui mériterait une traduction en français (1), l'Anglais Tim Parks, nominé au Booker Prize, rappelle un précédent notable. Celui des Médicis et des grandes familles toscanes à la fois commerçantes et reines de la finance dans toute l'Europe occidentale durant le XVe siècle. Les Médicis fondèrent leur banque en 1397. Fonctionnant presque comme un holding actuel, elle allait s'effondrer en cinq générations. Brève, elle aura toutefois rendu possible, avec quelques autres concurrentes tout aussi fragiles, la première Renaissance. Celle de Fra Angelico et de Botticelli.
Pourquoi? Comment? Quelle morale tirer de ce brusque déclin succédant à un développement spectaculaire et précédant tant de gloire posthume? Aujourd'hui, c'est à travers une exposition montée au cœur même de Florence, dans le palais de l'ancien marchand Strozzi, que Parks décrypte les rapports, beaucoup plus étroits qu'on ne le pense, entre l'art et l'argent au quattrocento (2).
Dans les arcanes de la finance
Le parcours qu'il propose, transversal, interactif, très pédagogique, voire ludique, mais surtout absolument original, a été conçu avec Ludovica Sebregondi, une spécialiste du prédicateur réformateur Savonarole. Il est placé sous le contrôle d'un conseil scientifique comprenant notamment le Prix Nobel d'économie Robert Mundell.
En huit sections chrono-thématiques -tels la monnaie, les échanges, les biens somptuaires, le sens du mécénat, la crise-, le visiteur pénètre dans les arcanes du pouvoir financier moderne à l'époque où celui-ci s'inventait. Les politiques et les traders d'aujourd'hui et de demain y sont les bienvenus. Ils pourront y admirer quelques beaux tableaux, jouer à un jeu de rôle avec les ordinateurs didactiques disposés à chaque étape et, peut-être, entendre un avertissement de l'histoire.
«La Florence ville de beauté fait oublier la Florence ville d'argent, résume Parks. Nous aimons penser que l'art du temps, parce qu'il était lié au sacré, tombait du ciel. En réalité, il dépendait de contingences très matérielles qui trouvent souvent écho au cœur même des compositions.» La première de ces contingences était le désir des mécènes d'expier leurs pratiques de grands commerçants avides ou de banquiers internationaux toujours à la limite du péché d'usure. Cosimo de Médicis financera San Lorenzo et aussi le monastère rénové de San Marco, affichant par là son soutien aux tendances les plus rigoristes de l'Église alors même qu'il continuait d'enrichir un fabuleux palais familial.
Au Palazzo Strozzi, dans les scènes d'Adoration accrochées aux cimaises, les Rois mages apportent leurs présents dans des emballages de plus en plus précieux, les vêtements des madones sont de plus en plus ouvragés. L'Église devient plus confortable. «Ce type de mécénat était plus intéressant que de simplement donner aux pauvres», relève le commissaire.
«Tout au long des XIVe et XVe siècles il y a eu une tension entre une vision pieuse de Florence - celle de son saint, l'austère Jean le Baptiste qui occupe le côté face de chaque florin d'or. Et le côté pile, celui de la fleur de lys et de la vocation pour les produits de luxe et la spéculation à l'échelle mondiale», note encore Parks. Au passage on notera que c'est la Florence du trecento et du quattrocento qui a inventé les manuels d'économie internationale, la police d'assurance, la commission de surendettement, la manière de surmonter le cas d'un pays insolvable (L'Angleterre d'Édouard III) ou encore le mont-de-piété. Lorsqu'en 1492 le bouillant Savonarole devint prieur de San Marco, prêchant implacablement contre l'arrogance de la richesse et organisant ses bûchers des Vanités où l'on jeta, parmi les symboles des vices, des livres et de nombreuses œuvres d'art, le compromis entre l'Église et la finance partit en fumée. Plus tard, Savonarole finit à son tour au feu, mais entre-temps les affaires s'étaient trouvées d'autres plaques tournantes. Quant aux Médicis, plus que jamais lancés dans la politique européenne, ils allaient produire trois papes et deux reines de France.
(1) «Medici Money, Banking, Metaphysics and Art in Fifteenth-Century Florence, Profile, 286 p., £ 15,99.
(2) «Argent et beauté. Les banquiers, Botticelli le bûcher des Vanités» et aussi, dans les salles d'art contemporain «Déclin de la démocratie», jusqu'au 22 janvier au Palais Strozzi, place Strozzi, Florence. Tél. : + 39 055 2645155. www.palazzostrozzi.org.
Catalogue en anglais, Musée/Giunti, 287 p., 38 €.
Le Figaro, 20/9/2011
Michel Houellebecq et les pingouins
Ils (les pingouins) ont l’air maladroit mais se débrouillent très bien. Ils sont un peu repliés sur eux-mêmes, mais ils sont touchants. Michel Houellebecq semble parfois très fragile et les gens ont envie de le caresser. Mais il est capable de survivre dans le froid glacial de la nature. Un écrivain, comme un pingouin, marche à petits pas à la recherche des sensations de la vie.
Juremir Machado da Silva, Technikart septembre 2011.
Une manière très personnelle, pince-sans-rire et détachée de raconter une histoire
Menace sur Britney Spears
De Jean Rolin, on se souvient des errances dans les endroits les plus improbables. En 1995, n'a-t-il pas traîné sa mélancolie du côté de Garges-lès-Gonesse et de Sarcelles? Il dormait dans des hôtels miteux, fréquentait des bistrots louches, ne craignait pas de se perdre dans l'immense trou qui allait devenir le Stade de France. Tout naturellement, il avait titré son livre: Zones. Aujourd'hui, le reporter nonchalant semble avoir opéré un spectaculaire revirement. Celui qui fuyait délibérément la mer, le soleil, la richesse des villes élégantes, plante le décor de son roman à Los Angeles, et plus précisément dans les lieux les plus branchés de la cité des Anges. Et Rolin signe Le Ravissement de Britney Spears, faisant de la princesse de la pop (plus de cent millions de disques vendus à travers le monde) l'héroïne en creux de son nouveau roman.
Quelle mouche a donc piqué Rolin? La mouche de l'humour, bien sûr. Nous saurons tout sur Britney Spears, ou presque, par la voix d'un personnage étrange, véritablement obsédé par la star. Est-il journaliste ou photographe, en quête d'un scoop sur la chanteuse? Point du tout. L'homme est envoyé par les services français à Los Angeles pour protéger l'icône pop… C'est un agent secret dont Jean Rolin raconte l'étrange mission: prévenir une tentative d'assassinat (ou d'enlèvement) de Britney Spears par un groupuscule islamiste. Jean Rolin malmène avec gourmandise les codes du roman noir. Son agent est très spécial: fin, psychologue (il semble même avoir cerné la troublante personnalité de la star, à la fois lubrique et puritaine, nous explique-t-il), mais paranoïaque, en proie au doute. Pourquoi a-t-il été choisi pour cette mission, lui qui ne sait pas conduire, lourd handicap, on en conviendra, pour mener à bien une filature dans cette ville labyrinthique? Serait-il mis à l'épreuve par sa hiérarchie? L'écrivain aime les digressions et ne s'en prive pas, parfois au risque de mettre en péril la tension dramatique de son récit. Mais si l'on aime davantage les mots que l'action, on sera sous le charme du style de Jean Rolin, de sa manière très personnelle, pince-sans-rire et détachée de raconter une histoire.
Le Ravissement Britney Spears, de Jean Rolin. P.O.L.
Le Figaro, 14/9/2011




