Il y a un double jeu de la désinvolture assez lamentable, qui se rencontre par exemple chez Frédéric Beigbeder, Eric Neuhoff ou Patrick Besson. Ils se voudraient espiègles ou primesautiers, mais ces adjectifs qualifient trop bien les fillettes pour convenir aussi à leur prose vulgaire et bâclée. Car ce sont des écrivains qui bâclent. Qui bâclent avec constance, avec acharnement. Qui bâclent avec scrupule. Ruse grossière : l’écrivain bâcleur laisse croire en effet qu’il pourrait faire beaucoup mieux, qu’il gâche exprès son immense talent parce qu’il aime trop la vie pour se dévouer à la littérature tel un moine écrivain.

Il a choisi la désinvolture, donc, l’insouciance, la femme irrésistible qui passe, le café select où boire des coups avec ses amis, eux-mêmes écrivains bâcleurs et non moins spirituels. Car faut-il être bête, en revanche, pour écrire vraiment ! Quel pensum ! Quel absurde destin ! Pourtant, il ne tiendrait qu’à lui d’être un des meilleurs, n’est-ce pas, le meilleur peut-être s’il voulait s’en donner la peine.

Faux. Il bâcle mais, ce faisant, il donne le maximum, il donne tout ce qu’il peut. Il donne sa mesure. Il est au taquet. Elle n’existe pas, cette œuvre sublime qui serait enfouie dans les limbes de sa conscience. Elle n’existe pas même virtuellement. Tout est là, dans ces pages bâclées, le pire et le pire encore.

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