L'écrivaine Françoise Sagan est morte
L'écrivaine Françoise Sagan est morte
Le Monde.fr | 24.09.04 | 21h14
L'auteure de "Bonjour tristesse" s'est éteinte vendredi à l'âge de 69 ans d'une embolie pulmonaire, à l'hôpital de Honfleur.
On lui attribuait une jeunesse éternelle, mais Françoise Sagan, entrée à 18 ans dans la gloire littéraire avec Bonjour tristesse et qui n'était jamais sortie de la célébrité depuis un demi-siècle, a quitté le monde vendredi, à l'âge de 69 ans.
La "dernière des existentialistes", auteur d'Aimez-vous Brahms ? ou de La Chamade, a marqué son époque avec une cinquantaine de livres, en majorité des romans, dans lesquels elle parlait légèrement de sujets graves.
Elle puisait son inspiration dans le paradoxe de son existence, entre une hyper-activité créatrice, une vie mondaine mouvementée et aussi une grande solitude intérieure. Elle disait d'ailleurs que ses livres parlaient essentiellement de la solitude et de la manière, si elle existe, de "s'en débarrasser".
C'est une certaine idée de la liberté d'esprit mais aussi de la France des années 1960 qui a disparu avec l'écrivain à la mèche blonde en bataille, à la cigarette au bout des lèvres et à la diction rapide et saccadée.
Depuis longtemps, on avait un peu oublié ses livres pour ne retenir qu'une invraisemblable accumulation d'histoires qui n'ont fait que renforcer sa légende : goût immodéré pour la vitesse et l'alcool, cures de désintoxication, grave accident de voiture de 1957, casinos, prise assumée de stupéfiants, plèvre déchirée lors d'un voyage en 1985 en Colombie avec son ami, le président François Mitterrand, procès Elf où certains auraient tenté de lui faire jouer les espionnes etc.
"BONJOUR TRISTESSE" ÉCRIT EN SEPT SEMAINES
Elle avait récemment été condamnée à un an de prison avec sursis pour avoir dissimulé de l'argent au fisc. Ce qui avait provoqué la vive réaction de ses amis (dont son ancien ami Bernard Frank) et admirateurs : "Elle doit de l'argent à l'Etat, mais la France lui doit beaucoup plus."
La fin de sa vie a été difficile. Malade depuis longtemps et ruinée, elle avait dû vendre sa maison normande. Elle s'était éloignée de nombre de ses anciens proches et était hébergée avenue Foch, chez des amis. Beaucoup d'autres étaient morts.
"J'ai toujours eu envie de vivre et d'écrire. Et j'ai eu le pot d'y parvenir", disait en 1998 celle qui aura presque réussi à faire naître un adjectif : être "saganesque", c'est être nostalgique et drôle, faussement futile et très lucide.
Fille de bonne famille, née le 21 juin 1935 à Cajarc (Lot), Françoise Quoirez entre au couvent des Oiseaux en 1947. Elle est renvoyée pour son "dégoût de l'effort". Elle rate le bac en 1951, après une année surtout consacrée à écouter du jazz à Saint-Germain-des-Prés où, plus tard, elle se liera à Juliette Gréco, Jean-Paul Sartre et tant d'autres.
En juin 1953, elle écrit en sept semaines Bonjour Tristesse, qui se vendra à plusieurs millions d'exemplaires, dont un million aux Etats-Unis, et lui ouvrira les portes d'une célébrité jamais démentie. Elle s'en agacera : "J'en ai par-dessus la tête de ce petit succès devenu refrain éternel." La jeune fille, qui a choisi un pseudonyme emprunté à Proust, gagne, toute jeune, énormément d'argent mais en dépense plus encore. Ce qu'elle fera toute sa vie.
Beaucoup de livres suivront, et chaque nouvelle publication retiendra l'attention de la presse et du public, même si son œuvre est parfois jugée superficielle. Est-ce pour lui faire payer son succès ? Toujours est-il que Françoise Sagan, l'un des écrivains français les plus lus du demi-siècle, n'a jamais été lauréate d'un grand prix littéraire français.
A travers ses livres, dans lesquels elle peint la vie sentimentale d'une bourgeoisie oisive, elle a su trouver la fameuse "petite musique", celle que tout écrivain cherche, faite de coups de griffes et de sensualité, de tendresse et d'élégance.
Françoise Sagan, qui était une femme de gauche, a aussi goûté avec bonheur à l'exercice du théâtre, Château en Suède représentant dans sa carrière théâtrale l'équivalent de Bonjour tristesse dans ses fictions.
Elle avait été mariée deux fois - et vite divorcée - avec l'éditeur Guy Schoeller et le "cover-boy" Bob Westhoff, dont elle avait eu un fils, Denis.
Avec AFP