Propos insignifiants

Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains

23 décembre 2008

Lire Platon ou se faire engueuler

Il y a des coups de foudre de l'esprit. C'est ce qui est arrivé à Jean-François Mattéi quand il a rencontré le philosophe et polémiste Pierre Boutang, qui prit la succession d'Emmanuel Lévinas comme professeur de métaphy­sique à la Sorbonne, en 1976. « Ma première impression, confirmée par la suite, fut celle d'un géant de la pensée. Il se mouvait avec une aisance incroyable dans les textes les plus difficiles et récitait par cœur le Parménide de Platon et les poésies de Rimbaud… Il m'impressionnait, moins par son immense culture, que par le détachement avec lequel il la maîtrisait », explique Jean-François Mattéi. Helléniste, auteur de nombreux essais, dont Europe, le regard vide (Flammarion), Jean-François Mattéi est devenu un fidèle de Pierre Boutang, mais il n'est pas sûr que celui-ci « ait été un maître en attente d'un disciple  ». Jean-François Mattéi a souvent fait le voyage de Collobrières, dans le Var, où Pierre Boutang possédait une maison sans électricité. Là, ils ont devisé à la belle étoile en dégustant un tavel bien frais, aux côtés de ceux que Boutang admettait dans sa proximité et qui prenaient le risque de se faire « engueuler » s'ils n'avaient pas lu Platon, Aristote, saint Thomas et tant d'autres. Catholique et royaliste, Boutang, qui n'avait jamais renié Maurras, était un homme chez qui la tendresse s'accouplait souvent avec la colère. Mais quel personnage !

Le Figaro, 18 décembre 2008

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15 décembre 2008

Faiblesse

Je suis bouddhiste car je crois à ma faiblesse, chrétien car j'avoue ma faiblesse, juif car je me moque de ma faiblesse, musulman car je me bats contre ma faiblesse et athée si Dieu est tout puissant.

Atiq Rahimi, Lire, décembre 2008. 

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01 décembre 2008

Décès de Béatrix Beck

La romancière française d'origine belge Béatrix Beck, prix Goncourt 1952 pour "Léon Morin prêtre", s'est éteinte à l'âge de 94 ans.

Née en Belgique en 1914, Béatrice Beck est décédée dans la nuit de samedi à dimanche dans la maison de retraite où elle vivait, à Saint-Clair-sur-Epte (Val d'Oise).

Elle laisse une trentaine d'oeuvres, des romans pour l'essentiel, mais aussi des contes, poèmes et pièces radiophoniques. "Léon Morin prêtre" l'avait rendue célèbre en lui permettant de décrocher le prix Goncourt en 1952.

Ce roman qui évoque le dialogue sous l'Occupation entre la jeune veuve de guerre d'un juif communiste et un prêtre, réflexion sur la vie, la beauté et la grâce, sur fond de conversion, avait été porté avec succès à l'écran par Jean-Pierre Melville, avec pour rôles principaux Jean-Paul Belmondo et Emmanuelle Riva.

Sa petite-fille, Mme Szapiro, elle-même écrivain et fille de Jean-Edern Hallier, a évoqué avec tendresse une grand-mère qui avait conservé non seulement "toutes ses capacités intellectuelles mais aussi cette fantaisie, ce sens du merveilleux qu'elle tenait de sa mère irlandaise et qui lui avait fait répondre un jour alors qu'on lui demandait à quoi elle pensait: à ce que peuvent faire les fées dans leur bulle".

"Le goût des mots, le sens de la féerie, le refus des concessions": Mme Szapiro a évoqué une créatrice à l'esprit libre, quelque part citoyenne du monde. Née en Suisse d'une mère irlandaise et d'un père belge, mi-letton mi-italien, elle-même de nationalité belge, Béatrix Beck était devenue française en 1955. Des emplois de professeur l'avaient conduite aux Etats-Unis et au Canada dans les années soixante, une matière dont elle nourrira son oeuvre.

Mme Szapiro souligne également "l'attachement à l'idéal communiste" que sa grand-mère avait manifesté jusqu'à ses derniers jours. Elle s'était mariée avec un juif apatride qui périra durant la guerre, la laissant veuve avec une petite fille.

Beatrix Beck, qui avait collaboré à L'Express de Françoise Giroud, avait publié son premier roman, "Barny", en 1948, à la suite de quoi elle deviendra quelque temps la secrétaire d'André Gide. Outre "Léon Morin, prêtre", son oeuvre phare popularisée par le cinéma, elle laisse de nombreux romans et recueils de nouvelles souvent à connotation autobiographique: "Des accommodements avec le ciel" (1954), "Cou coupé court toujours" (1967), "L'épouvante, l'émerveillement" (1977), "La décharge" (1979) qui lui avait valu le Prix du livre Inter, "Grâce" (1990), "Guidée par le songe" (2001).

Editée successivement chez Gallimard, au Sagittaire et chez Grasset, Béatrix Beck avait obtenu le prix Prince Rainier de Monaco et le prix de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre.

Libération, 30 novembre 2008 (Source AFP).

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