Propos insignifiants

Promenade buissonnière parmi les livres et les écrivains

31 janvier 2009

Ne pas raconter les livres de Philippe Djian

Aussi retrouve-t-on vite le réflexe de ne pas raconter les livres de Philippe Djian, c'est lui qui s'en charge, nous, on peut juste vous répéter que ce gars-là, lorsqu'il se collette avec un paragraphe, on n'en donne pas cher du paragraphe, et vous, vous n'êtes pas couchés.

Le Magazine Littéraire, février 2009, à propos d'Impardonnables, de Philippe Djian.

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30 janvier 2009

Les terribles sarcasmes de Nabokov

Je pense que dans les années 1960 ou 1970 il régnait dans la fiction américaine une sorte d'humour noir, une ombre réflexive, que bien des écrivains ont cultivée avec brio. Alors que mon écriture est, à mon sens, débordante d'expressions de joie et de gratitude à l'idée même d'être conscient, y compris dans les passages les plus austères et les plus sombres. Voilà le coeur de ce qui se joue dans mes livres et fait peut-être de moi un écrivain anachronique en Amérique.

J'ai d'ailleurs été l'un des seuls écrivains de ma génération à être épargné par les terribles sarcasmes de Nabokov, qui m'a énormément influencé.

John Updike, le Monde du 28 janvier 2008, reprise d'un extrait du Monde du 8 janvier 2007.

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29 janvier 2009

Décès de John Updike

Cette série a quelque chose de flaubertien : c'est une épopée de la grisaille, une Iliade de la médiocrité, magnifiée par le travail du style. Mais, à la différence de Flaubert, jamais Updike ne se prétend supérieur à ses personnages : il les comprend, avec leurs faiblesses, leurs aspirations au bien, leur vieillissement, leur corps qui fout le camp, leurs activités banales (golf, sexe, sorties) et leurs discussions ineptes (golf, sexe, bagnoles, politique) : ils incarnent l'Amérique moyenne. Ce n'est pas le «Grand Roman Américain», mais le mircoroman de l'Amérique de tous les jours, ou le roman de la micro-Amérique, à la fois, drôle, émouvant, un peu répugnant, et littérairement admirable. Ne serait-ce que pour ses «Rabbit», et sans même tenir compte de ses nouvelles qui sont des modèles, aussi justes, aussi lumineuses que celles de John Cheever, John Updike a gagné pour toujours une place au sommet de la littérature de son pays.

Le Figaro, 27 janvier 2009.

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20 janvier 2009

Cette ­chère vieille dame tondue, dont les cheveux ont mis huit ans à repousser

« J'aime encore la NRF. Je nourris un reste de tendresse pour cette ­chère vieille dame tondue, dont les cheveux ont mis huit ans à repousser », écrivait François Mauriac, en 1952, dans la revue La Table ronde, concurrente de la NRF. Manière un peu perfide de rappeler le passé collaborationniste de la revue des Éditions Gallimard. Dans sa dernière livraison, La Lettre de la Pléiade, publiée par la maison de la rue Sébastien-Bottin, évoque l'attitude de Mauriac lorsque Gaston Gallimard, mettant son amour propre de côté, envisagea ­de rassembler ses romans en ­« Pléiade ». C'était en 1956. Alors que Flammarion s'apprêtait à réunir en un volume des extraits de son « Bloc-notes », Mauriac exigea que l'on supprime ses propos venimeux. Malgré cela, le projet n'aboutit pas sur le moment. Ce n'est qu'en 1978, après sa mort, qu'il connaîtra cet honneur. N'empêche, dans l'édition courante du « Bloc-notes », les passages contre la NRF ne figurent toujours pas. Si le « Bloc Notes » devait paraître un jour dans la « Pléiade » « on ne manquerait pas d'indiquer en notes le repentir de l'auteur », souligne­-t-on chez Gallimard.

Le Figaro, 15 janvier 2009.

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13 janvier 2009

Ni tombeau, ni requiem

C'est un mort qui fera l'événement littéraire de ce début d'année, pour de bonnes et de mauvaises raisons. Un mort oublié et pas très illustre : Ramon Fernandez, père du romancier et critique littéraire Dominique ­Fernandez (4), académicien depuis 2007, grand amoureux de l'Italie, amateur de musique baroque, petit-fils d'ambassadeur, lauréat du prix Médicis pour Porporino ou les mystères de Naples et du prix Goncourt avec Dans la main de l'ange.

C'est à près de quatre-vingts ans que Dominique ­Fernandez a finalement exhumé la figure paternelle dans une somme de plus de 800 pages, en tout point exaltante, et sobrement intitulée : Ramon. Un père qui a hanté aussi bien l'esprit de l'auteur que certains de ses romans, dont L'École du sud. Et pour cause.

D'origine mexicaine, personnage respecté du monde des lettres de l'entre-deux-guerres, proche de Proust et de Gide, Ramon Fernandez, brillant critique, auteur de nombreux livres, dont un roman couronné par le Femina, s'était fourvoyé dans les années trente du côté de la droite nationaliste, celle du sinistre PPF de Doriot, avant de sombrer dans la collaboration et les excès éthyliques.

Ni tombeau, ni requiem, cette troublante tentative de réhabilitation et d'absolution du père plonge le lecteur à la fois dans l'intimité d'un homme blessé et dans l'effervescence des querelles littéraires du Saint-Germain-des-Prés d'alors. L'occasion aussi pour l'auteur de revenir sur son enfance.

Le tout est remarquablement renseigné (documents d'époque, écrits intimes des proches, inédits…). Parallèlement, les éditions Grasset rééditent deux ouvrages critiques de Ramon ­Fernandez dans sa collection « Cahiers rouges » : Messages et Proust.

Le Figaro, 29 décembre 2008.

   

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12 janvier 2009

L'obscur labyrinthe de la psyché féminine

On reste un peu sur sa faim dans les dix dernières pages. Au moment de nous donner les clés, Coe file à l'anglaise, si l'on ose dire. Un coup de téléphone, et le bel édifice s'effondre. On lui pardonne la pirouette, néanmoins - sans doute n'avait-il pas d'autre conclusion possible. Et puis, en attendant, on a découvert un nouveau Jonathan Coe. Non pas celui des grandes fresques politiques et ironiques du temps du thatchérisme ou du blairisme. Non pas celui de Testament à l'anglaise ou de Bienvenue au Club (tous deux chez Gallimard), ces ouvrages tellement ancrés dans la vie politique de l'Angleterre qu'on avait l'impression de les lire d'un oeil tandis qu'on aurait feuilleté le Times de l'autre.

Non, ce que l'on découvre dans La Pluie, avant qu'elle tombe, c'est un nouveau Jonathan Coe. Plus feutré, plus intime, et se promenant avec une admirable aisance dans l'obscur labyrinthe de la psyché féminine. Un Coe subversif aussi. N'hésitant pas à pointer les contradictions du discours ambiant - celui qui affirme que chacun est seul responsable de son existence, et qui sous couvert d'épanouissement personnel exige de tous l'excellence et le sans-faute.

A la sortie de ce livre en Grande-Bretagne, un critique du Guardian remarquait que, si le nom de Coe n'avait pas été imprimé sur la couverture, personne n'aurait pu le reconnaître. Preuve que, moins prévisible que les personnages de son histoire, l'écrivain, lui au moins, ne roule pas sur les rails de la prédestination.

Le Monde, 8/1/2009

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03 janvier 2009

Mais cela suffit-il à me transformer en archétype ?

Comment réagissez-vous lorsque vous apprenez que vous êtes considéré par vos lecteurs français comme l'archétype de l'écrivain britannique ?

Ce jugement est flatteur, mais je ne le comprends pas. Je m'occupe actuellement de l'édition italienne de l'un de mes premiers livres, Les Nains de la mort, une sorte de thriller hitchcockien. Imaginez-vous que même pour un livre de ce genre l'éditeur a écrit en quatrième de couverture : "Une histoire typiquement britannique". Je n'ai aucune idée de ce que cela signifie. J'aimerais beaucoup que mes lecteurs français m'expliquent en quoi je suis l'archétype de l'écrivain britannique. J'y réfléchirai et je déciderai alors si cette description correspond à une réalité. Bien sûr, je suis né et j'ai été élevé en Angleterre. Aussi le regard que je porte sur mon pays n'est-il en aucun cas extérieur. Mais cela suffit-il à me transformer en archétype ?

Jonathan Coe, Le Magazine Littéraire, janvier 2009.

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02 janvier 2009

Offrir une description aussi fidèle que possible du monde tel qu'il est

Testament à l'anglaise est un livre politique dans le sens où il défend un point de vue politique. Le Cercle fermé a probablement aussi un contenu politique, mais cela se sent moins. Car, aujourd'hui, j'utilise différemment la politique dans mes livres. Ce que j'ambitionne de faire, c'est d'offrir une description aussi fidèle que possible du monde tel qu'il est. On peut d'ailleurs considérer que c'est là encore un projet politique au sens large du terme. Dans Testament à l'anglaise, j'essayais de convertir mes lecteurs à mon point de vue, maintenant je ne crois plus qu'il soit possible ni même souhaitable pour un roman d'y parvenir.

Jonathan Coe, Le Magazine Littéraire, janvier 2009.

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01 janvier 2009

A propos, tous mes vœux

L’année 2009 s’annonce tellement mal, en vérité, que les mathématiciens du monde entier se creusent la tête pour nous faire passer directement en 2010. Les plus fins analystes rétorquent que 2010 sera encore pire que 2009. A propos, tous mes vœux.

Patrick Besson, Le Point du 1 janvier 2009.

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