Dans la peau d'un bourreau. On cherche de l'inexplicable, de l'incompréhensible, de l'inaccessible. On cherche ce qu'on est sûr de ne pas trouver chez soi. Mais, au fur et à mesure des pages, le malaise s'installe. De l'humain partout ; de l'inhumain nulle part. Fatigue nerveuse, grandes lâchetés, névroses familiales, idées générales, petites jouissances, médiocrité ambiante. On fait comme les autres. On pense comme les autres. Devoir accompli les yeux fermés. Et nous on se dit, comme on l'avait déjà fait à la lecture de Hannah Arendt et de Paul Hilberg, c'est donc si facile de glisser à tout jamais dans l'horreur absolue.

Marie-Laure Delorme à propos des Bienveillantes, Le Magazine littéraire de septembre 2006.